15ᵉ ÉDITION DE LA JOURNÉE DE REBOISEMENT INTERFORCE : À Nikki, les Forces de défense et de sécurité du Borgou sacrifient à la tradition

Face à l’avancée de la déforestation et aux effets grandissants des changements climatiques, les Forces de défense et de sécurité (FDS) du Borgou ont choisi de faire de la protection de l’environnement un nouveau champ d’engagement. Réunies ce mercredi 10 juin 2026 à Nikki à l’occasion de la 15ᵉ édition de la Journée de reboisement interforce, elles ont lancé un vibrant appel à la mobilisation collective pour léguer aux générations futures un patrimoine forestier préservé.

Le domaine militaire de Nikki a servi de cadre cette année à la célébration départementale de la Journée de reboisement interforce, une initiative qui traduit la volonté des autorités béninoises d’associer les Forces de défense et de sécurité à la lutte contre la dégradation des ressources naturelles. Placée sous le thème « Forces de défense et de sécurité mobilisées pour un avenir écologique durable de nos enfants », la cérémonie a rassemblé autorités préfectorales, élus communaux, responsables des corps habillés, chefs traditionnels, représentants de la société civile et de nombreux enfants désignés comme « ambassadeurs des forêts ». Le maire de Nikki, Gounou Roland Lafia Joseph, s’est pour sa part réjoui du choix porté sur sa commune pour accueillir cette 15ᵉ édition, rappelant que l’arbre et la forêt constituent un véritable socle de développement et un rempart essentiel face aux dérèglements climatiques.

Représentant le préfet du Borgou, le Secrétaire général de la préfecture, Sanni Bio Bayé, a rappelé que le Bénin, situé dans une zone de transition écologique, demeure particulièrement vulnérable aux effets de la déforestation et des changements climatiques. Il a souligné que la Journée de reboisement interforce, instituée depuis 2012, vise à créer une véritable synergie entre les forces armées, les services forestiers et les populations afin d’inverser la tendance à la dégradation des écosystèmes.

Sanni Bio Bayé/SG Préfecture

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants », a-t-il rappelé en citant Antoine de Saint-Exupéry, avant d’inviter les jeunes générations à devenir des acteurs engagés de la préservation de l’environnement.

254 hectares à reboiser chaque année dans le Borgou

Dans son allocution, le lieutenant-Colonel et Directeur départemental des Eaux, Forêts et Chasse du Borgou, Emmanuel Gbedji, a dressé un tableau sans complaisance de l’état des ressources forestières dans le département. Selon les statistiques présentées, les formations forestières naturelles ne représentent plus que 40,31 % de l’occupation du sol, contre 54,61 % pour les espaces non forestiers, largement dominés par l’expansion agricole et les activités humaines.

Le lieutenant-Colonel, Emmanuel Gbédji/ DDEFC-BORGOU

« Les chiffres montrent clairement qu’il existe un important déficit à combler. Le département du Borgou a besoin de reboiser environ 254,3 hectares chaque année pour compenser les pertes enregistrées », a-t-il expliqué.

Le responsable forestier a également évoqué les multiples facteurs qui accélèrent la disparition du couvert végétal : l’extension des terres agricoles, l’exploitation abusive du bois-énergie, la carbonisation, la pression démographique et l’occupation anarchique des terres.

Il a néanmoins salué les efforts accomplis au cours de la campagne précédente. Le département a produit 2 430 441 plants, dont 506 487 ont été effectivement mis en terre sur une superficie de 535,369 hectares, une partie importante des plants ayant servi à approvisionner le département voisin de l’Alibori.

Pour la seule commune de Nikki, 25 492 plants ont été produits, tandis que 7 332 plants ont été mis en terre sur une superficie de huit hectares. Des résultats qui justifient, selon lui, le choix porté sur Nikki pour accueillir cette édition départementale.

5 000 plants pour reverdir le domaine militaire de Nikki

Point culminant de cette célébration, les participants ont procédé à la mise en terre de 5 000 plants sur le domaine militaire de Nikki, couvrant une superficie de deux hectares. Le dispositif est composé de 4 500 plants d’essences exotiques et de 500 plants d’espèces autochtones, notamment le Terminalia et le Ceiba, sélectionnés pour leur meilleure résistance au broutage des animaux.

Lieutenant-colonel Roméo Kinninon, commandant du 2ᵉ Bataillon interarmes de Parakou

Le Lieutenant-colonel Roméo Kinninon, commandant du 2ᵉ Bataillon interarmes de Parakou, a assuré que ces plants bénéficieront d’un suivi rigoureux. Pour lui, le geste posé va bien au-delà d’une simple activité symbolique. « Le geste que nous allons poser aujourd’hui n’est pas un effet de mode. C’est un acte fort qui traduit notre engagement pour la survie de l’humanité dans un monde confronté aux conséquences néfastes de la déforestation », a-t-il déclaré.

Représentant du Directeur Départemental des Douanes et droit indirects du Borgou

Il a insisté sur le fait que les Forces de défense et de sécurité entendent mettre au service de la protection de l’environnement les mêmes valeurs qui guident leurs missions quotidiennes : discipline, rigueur et sens du devoir.

Former une génération d’ambassadeurs des forêts

L’un des temps forts de la cérémonie a été la forte implication des enfants, invités comme « ambassadeurs des forêts ». Pour les organisateurs, cette approche vise à transmettre très tôt aux plus jeunes les valeurs de protection de l’environnement et à les préparer à devenir les gardiens du patrimoine écologique national.

« Nous ne cherchons pas à faire de vous des forestiers de métier, mais des forestiers dans vos maisons, dans vos familles et auprès de vos amis », a lancé le Lieutenant-Colonel Emmanuel Gbedji à leur endroit, les invitant à planter et protéger les arbres dans leurs concessions et leurs écoles.

Commissaire Principal, Représentant le DDPR-Borgou

Au-delà du reboisement, cette 15ᵉ édition a ainsi porté un message fort : celui d’une alliance entre les forces armées, les services techniques, les collectivités locales et les populations pour faire face à l’urgence climatique. À Nikki, les forces de défense et de sécurité ont troqué, le temps d’une matinée, les armes contre les houes et les arrosoirs, convaincus qu’aujourd’hui, défendre le territoire, c’est aussi protéger les forêts qui le font vivre.

Patrice BIAOU

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