Au Bénin, le bitume n’est plus seulement synonyme de mobilité et de développement. Il devient de plus en plus une scène de violence, de peur, de sang et de désespoir. Ces dernières semaines, les braquages se multiplient sur les routes, dans les quartiers urbains comme en rase campagne, rappelant brutalement que l’insécurité ne connaît plus de limites géographiques.
Les réseaux criminels agissent en plein jour, souvent équipés d’armes de guerre, ciblant les particuliers, les commerçants, les transporteurs de fonds ou encore les motocyclistes ordinaires. En moins d’un mois, plusieurs cas sanglants ont été enregistrés à Parakou, Dassa-Zoumè, Bohicon, Abomey-Calavi et même dans des zones rurales autrefois paisibles.
Le plus troublant, c’est le niveau de professionnalisme de certains groupes armés : embuscades planifiées, neutralisation rapide de leurs cibles, retraits express. Ces attaques, souvent sans suite judiciaire ou policière visible, sèment le doute dans l’esprit des populations.
Des citoyens livrés à eux-mêmes
Face à cette flambée, les citoyens dénoncent un sentiment d’abandon. La peur s’installe. Beaucoup n’osent plus faire de transactions importantes en espèces, certains commerçants limitent même leurs déplacements, et les moto-taxis deviennent de plus en plus méfiants, surtout aux heures tardives.
Malgré les dispositifs sécuritaires annoncés, les résultats restent peu visibles. Les populations réclament des actions concrètes : une présence policière renforcée, des patrouilles mixtes dans les zones à risque, mais surtout une stratégie nationale claire pour éradiquer ces violences.
Une urgence de gouvernance sécuritaire
Il ne s’agit plus simplement de « gérer » des cas isolés, mais de reconnaître une crise sécuritaire qui menace la cohésion sociale et le climat des affaires. Le braquage est devenu une routine médiatique, relayée avec une banalité inquiétante dans les journaux et sur les réseaux sociaux.
Un pays ne peut aspirer au développement lorsque les routes se transforment en couloirs de la mort. La sécurité des biens et des personnes n’est pas un luxe, c’est une exigence républicaine. À défaut, c’est la confiance en l’ordre public qui s’effrite, et avec elle, la légitimité des institutions.
Patrice BIAOU
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