Dans les rues, sur les terrains vagues, devant les bars, ou à longueur de journée sur TikTok, des enfants traînent, seuls, sans repères. Ils rient fort, s’insultent, s’exposent… mais derrière ces scènes anodines se cache une tragédie silencieuse : de plus en plus d’enfants au Bénin grandissent livrés à eux-mêmes, dans une société où les repères éducatifs se désagrègent.
Patrice BIAOU
Autrefois garants de l’ordre moral, les parents peinent aujourd’hui à jouer pleinement leur rôle d’éducateurs. Entre la pression économique, les séparations de couples, la migration professionnelle et le recours systématique aux réseaux sociaux pour « occuper » les enfants, le lien d’autorité s’est distendu. Certains enfants sont élevés par des grands-parents fatigués, d’autres sont totalement abandonnés à la rue, ou à la télévision, pendant que leurs parents multiplient les occupations.
Insultes banalisées, violence gratuite, consommation de stupéfiants, délinquance précoce… Les signes sont là. Ce manque d’encadrement affecte gravement le développement psychologique, émotionnel et social des enfants. Les enseignants tirent la sonnette d’alarme : beaucoup d’élèves arrivent à l’école sans règles de base, ni sens du respect. À la maison, les dialogues sont rares, remplacés par des injonctions ou l’indifférence.
Face à ce constat, le silence de la société est préoccupant. Peu de campagnes publiques, peu d’espaces d’écoute, et une stigmatisation rapide des familles en difficulté. Pourtant, les enjeux sont énormes : ce sont les citoyens de demain que nous sommes en train de perdre.
Il est temps que l’État, les collectivités locales, les médias, les familles et les structures religieuses et communautaires prennent à bras le corps ce défi. Il faut réhabiliter la parentalité, encourager les modèles positifs, et surtout, reconstruire les liens entre les générations. Car une nation forte commence toujours par une enfance encadrée.
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