Transport universitaire à l’UAC : La promesse du « bientôt » qui dure maintenant plus de 24 lunes

Suspendu depuis février 2023 pour raisons de sécurité, le transport universitaire à l’Université d’Abomey-Calavi peine toujours à renaître, malgré les multiples annonces officielles. Entre espoir, désillusion et précarité, les étudiants étouffent sous le poids d’un service public disparu.

Le 17 février 2023, la ministre de l’Enseignement supérieur, Éléonore Yayi Ladékan, annonçait la suspension provisoire du transport universitaire à l’UAC. Or, trois ans plus tard, ce “provisoire” a pris les allures d’un arrêt définitif. Autrefois animés par le va-et-vient des bus, les couloirs du campus résonnent désormais d’un silence pesant, symbole d’une promesse oubliée.

En effet, bien que le gouvernement ait plusieurs fois assuré une reprise imminente, rien n’a encore changé. D’abord justifiée par la vétusté des véhicules et les risques d’incendie, la suspension devait permettre la réhabilitation du parc automobile du COUS-AC. En avril 2025, la ministre conseillère Sèdami Médegan Fagla annonçait sur BIP Radio la livraison de 30 nouveaux bus pour septembre. Pourtant, nous sommes en novembre, et aucun de ces véhicules n’a encore foulé le campus.

Selon les autorités, cette situation s’expliquerait par la dégradation avancée du matériel roulant et les nombreuses pannes techniques. Toutefois, d’autres facteurs pourraient également être en cause : lenteurs administratives, manque de coordination entre le MESRS, le COUS-AC et le Trésor public, ou encore gestion approximative du parc automobile depuis plusieurs années. Ainsi, ce qui devait être une simple mesure de précaution s’est transformé en un immobilisme durable.

Des conséquences sociales lourdes

Pendant ce temps, les étudiants, eux, paient le prix fort. Faute de transport universitaire, ils se tournent vers les taxis-motos ou les taxis collectifs, souvent à des tarifs prohibitifs. Certains déboursent jusqu’à 1 000 francs CFA par jour pour se rendre en cours, un coût insoutenable pour beaucoup. Par conséquent, les retards s’accumulent, les abandons se multiplient et les inégalités se creusent.

De plus, les arrêts de bus, jadis symboles d’un service solidaire, ne sont plus que des points fantômes. À travers cette situation, c’est toute une conception de la vie universitaire qui vacille : le transport, levier d’équité sociale, s’est mué en fracture entre promesses politiques et réalité quotidienne.

Face à cette inertie, les organisations estudiantines haussent le ton. Dans une lettre datée du 24 octobre 2025, l’UNEB et l’UNSEB ont interpellé la ministre de l’Enseignement supérieur. Elles exigent non seulement la reprise immédiate du transport, mais aussi la réhabilitation complète du parc automobile. Plus encore, elles appellent à la création d’un mécanisme durable garantissant la continuité du service.

Ainsi, le dialogue devient incontournable. Sans une concertation effective entre les étudiants, le ministère et le COUS-AC, la crise risque de s’enliser davantage.

Pour une université roulante

Pour sortir de cette impasse, plusieurs pistes méritent d’être explorées. D’abord, un audit complet du parc automobile du COUS-AC permettrait d’identifier les besoins réels et de corriger les dysfonctionnements structurels. Ensuite, il conviendrait d’assurer une transparence totale dans le processus d’acquisition des bus, en associant les représentants du monde universitaire à chaque étape.

Par ailleurs, la mise en place d’un comité mixte regroupant le ministère, le COUS-AC et les organisations étudiantes pourrait garantir un suivi rigoureux des engagements pris. À plus long terme, un mécanisme de maintenance régulière et un financement durable devraient être institués pour éviter les interruptions répétées. Enfin, des partenariats publics-privés pourraient être envisagés pour alléger la charge financière de l’État.

En définitive, la question du transport universitaire à l’UAC dépasse le simple cadre logistique. Elle renvoie à un enjeu plus large : celui du respect des promesses faites à la jeunesse. Tant que les annonces ne seront pas suivies d’actes concrets, la “reprise prochaine” restera un mirage.

Depuis plus de vingt-quatre lunes, les étudiants marchent, espèrent et attendent. Pendant que les discours s’enchaînent, la réalité, elle, demeure immobile. Le transport universitaire à l’UAC n’est plus seulement un service suspendu : il est devenu le symbole d’une jeunesse laissée au bord de la route.

Souvenir ZANNOU

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