Les députés de la dixième législature ont officiellement pris fonction, dans la solennité républicaine et sous le regard attentif d’un peuple qui espère. Comme à chaque début de mandat, les engagements ont été clairs, les intentions affichées avec assurance : servir la nation, défendre les intérêts des circonscriptions, voter des lois utiles et exercer un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale. Les mots sont forts, les promesses nobles, et l’enthousiasme palpable.
Pourtant, l’histoire parlementaire récente invite à la retenue.
Combien d’élus, investis avec ferveur, se sont progressivement éloignés de leurs bases ? Combien ont laissé s’installer une distance silencieuse entre eux et ceux qui les ont portés au pouvoir ? Le scénario est souvent le même : une présence active au lendemain des élections, puis un effacement progressif, jusqu’à la veille du scrutin suivant où les poignées de main et les visites de courtoisie reprennent avec insistance.
La dixième législature présente cependant une particularité majeure : un mandat de sept ans. Sept années, c’est un temps long en politique. Suffisant pour impulser des réformes profondes, améliorer la qualité du travail législatif et renforcer durablement la relation entre élus et citoyens. Mais c’est aussi assez long pour installer le confort, diluer la proximité et reléguer la reddition de comptes au second plan.
Le véritable défi ne réside pas seulement dans le vote des lois. Il se trouve dans la constance de l’engagement. Un député n’est pas un candidat perpétuel ; il est un représentant permanent.
Cela implique une présence régulière sur le terrain, une écoute active des préoccupations locales et une communication transparente sur les actions menées au Parlement. La redevabilité ne devrait pas être un exercice préélectoral, mais une pratique continue.
Dans un contexte où les attentes sociales sont élevées et où la confiance envers les institutions demeure fragile, les parlementaires sont attendus sur des actes concrets. Le contrôle de l’action gouvernementale, la pertinence des propositions de loi et la défense effective des intérêts des populations seront les véritables indicateurs de performance.
La question est désormais posée : cette législature marquera-t-elle une rupture avec les habitudes du passé ? Ou faudra-t-il attendre six ans pour revoir renaître les promesses, les engagements et les déclarations de proximité ? Le mandat de sept ans peut être une chance historique de transformer la culture parlementaire. Encore faut-il que la volonté de servir dépasse la simple conquête du pouvoir.
Le peuple observe. Et l’histoire, elle, retiendra.
Patrice BIAOU
