BOOM DE L’OR AU BURKINA FASO : 2 320 milliards d’excédent, mais où va la richesse ?

Le Burkina Faso vient de franchir un nouveau record commercial. À fin juin 2026, le pays affiche un excédent de 2 320,4 milliards de francs CFA, porté principalement par l’envolée de ses exportations. Derrière cette performance spectaculaire se trouve surtout l’or, devenu le véritable moteur du commerce extérieur burkinabè. Mais une question demeure : cette manne se traduit-elle réellement par davantage de richesse pour les populations ?

Les chiffres donnent le vertige. En 2025, les exportations burkinabè ont atteint 6 442,1 milliards de francs CFA. Les métaux précieux représentaient à eux seuls 91,4 % de cette valeur, soit 115,2 tonnes. L’or constituait l’essentiel de ces ventes, avec 5 882,2 milliards de francs CFA. Une progression de 108,9 % en valeur sur un an, portée à la fois par les volumes exportés et par la hausse du cours du métal jaune.

Mais derrière ces milliards se dessine un paradoxe. Le Burkina Faso exporte énormément d’or sans pour autant transformer cette ressource sur son propre territoire à la hauteur de sa valeur. En 2025, les Émirats arabes unis ont absorbé 56,6 % des achats d’or burkinabè et la Suisse 41,4 %. Le métal quitte donc massivement le pays pour être commercialisé et valorisé ailleurs.

La question n’est dès lors plus seulement celle du volume extrait. Elle porte sur la valeur captée par l’économie nationale. Combien reste réellement au Burkina Faso après l’extraction, les coûts d’exploitation, les taxes, les royalties et les différentes opérations commerciales ? Quelle part revient aux collectivités minières ? Combien d’emplois durables sont créés ? Et surtout, quelle valeur supplémentaire le pays pourrait-il retenir en développant davantage la transformation, le raffinage et les activités liées à l’or ?

La promesse de la richesse locale

Ces interrogations prennent une résonance particulière dans un pays qui cherche à reprendre davantage de contrôle sur ses ressources naturelles.

Depuis plusieurs années, les autorités burkinabè ont engagé une politique visant à accroître la participation de l’État dans le secteur minier. En 2025, le gouvernement a notamment annoncé la nationalisation de plusieurs mines industrielles étrangères et renforcé les mécanismes destinés à accroître les retombées nationales du secteur.

La présence de Nordgold illustre également les enjeux de cette nouvelle politique minière. Le groupe, qui exploite notamment Bissa et Bouly, affirme avoir investi plus de 1,3 milliard de dollars au Burkina Faso et versé plus de 500 millions de dollars en taxes et royalties depuis 2009. L’entreprise indique également soutenir plus de 1 300 emplois.

Ces chiffres montrent que l’exploitation industrielle génère bien des retombées économiques. Mais ils ne suffisent pas à répondre à une autre question : les populations des zones minières perçoivent-elles ces retombées à la mesure de la richesse extraite de leur sous-sol ?

Les travaux scientifiques disponibles invitent justement à la prudence. Une étude consacrée au Burkina Faso conclut que l’ouverture de mines industrielles n’a pas produit d’amélioration mesurable de la consommation des ménages voisins, contrairement à certains effets observés autour de l’exploitation artisanale. D’autres recherches soulignent les risques d’inégalités et les coûts environnementaux associés à l’exploitation aurifère.

L’ombre russe

Nordgold est un groupe historiquement présent à la fois en Russie et au Burkina Faso. Sa présence dans le secteur aurifère burkinabè nourrit naturellement des interrogations sur la place des intérêts russes dans la nouvelle architecture minière du pays. Reuters relevait déjà en 2025 que le gouvernement burkinabè avait accordé une nouvelle licence à Nordgold dans le cadre de son rapprochement avec Moscou.

Parallèlement, les réserves d’or de la Banque centrale de Russie ont fortement diminué en 2026. Les données officielles montrent une baisse de leur valeur, de 402,7 milliards de dollars fin janvier à 292,9 milliards fin juillet. Des données rapportées en juillet faisaient état d’une diminution d’environ 43,5 tonnes depuis le début de l’année.

Mais attention à ne pas franchir trop vite le pas. Ces chiffres ne démontrent pas que l’or extrait au Burkina Faso alimente les réserves russes ou leur financement de la guerre en Ukraine. Les données douanières burkinabè disponibles identifient principalement les Émirats arabes unis et la Suisse comme destinations de l’or exporté en 2025.

Le véritable sujet est donc ailleurs : dans quelle mesure le Burkina Faso maîtrise-t-il la chaîne de valeur de son or ?

L’or quitte le sous-sol, la valeur ajoutée aussi ?

Un pays peut afficher des excédents commerciaux spectaculaires et rester confronté à une question fondamentale : combien de valeur produit-il réellement pour lui-même ?

L’or peut enrichir les statistiques d’exportation, améliorer les recettes publiques et renforcer les réserves nationales. Mais si une grande partie de la chaîne de transformation, du négoce et de la valorisation finale se déroule à l’étranger, une partie substantielle de la valeur ajoutée échappe mécaniquement à l’économie locale.

Le Burkina Faso semble avoir compris l’enjeu. La création d’une réserve nationale d’or, le renforcement du rôle de l’État et les réformes du secteur minier traduisent une volonté affichée de reprendre la main sur cette ressource stratégique.

Reste maintenant à transformer l’or extrait en richesse durable : davantage de transformation locale, des emplois qualifiés, des fournisseurs burkinabè mieux intégrés aux chaînes minières, des collectivités mieux financées et une transparence accrue sur les flux financiers.

Car le véritable record ne devrait pas seulement être celui de l’or exporté ou de l’excédent commercial. Il devrait être celui de la richesse qui reste au Burkina Faso.

BKP

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