Au deuxième congrès ordinaire des Démocrates, tenu les 10 et 11 octobre 2026 à Porto-Novo, le président du parti a appelé à restaurer la confiance entre les militants. Un discours qui intervient après plusieurs mois de tensions internes, des départs en cascade et des revers électoraux. Derrière l’appel à l’unité, se pose la question de la capacité du parti à surmonter ses divisions.
« Nous devons apprendre à débattre sans nous déchirer. » Cette phrase de Nourénou Atchadé, président du parti Les Démocrates, résume le défi auquel la formation politique est confrontée. Prononcée lors du deuxième congrès ordinaire du parti, elle intervient dans un contexte où les divergences internes ont dépassé le cadre des discussions entre responsables pour se traduire par des démissions, des sanctions disciplinaires et une bataille judiciaire autour de la direction.
Des départs qui fragilisent la cohésion
La veille du congrès, les signes de fracture se sont multipliés. Le 8 octobre, Célestin Hounsou, ancien député, et René Igari Orou Bagoudou, vice-président chargé de la coordination des activités dans l’Alibori, ont annoncé leur démission. Le premier a estimé que les idéaux ayant motivé son engagement avaient déserté le parti. Le second a invoqué des divergences d’orientations politiques et des décisions qu’il juge incohérentes. Le lendemain, Daniel Sarè Kpéra, coordonnateur de la 8ᵉ circonscription électorale, a également quitté la formation. Le mouvement s’est amplifié avec les départs annoncés d’Éric Houndété, de Jude Lodjou et de plus de 200 coordonnateurs d’arrondissement, selon les informations rapportées par la presse béninoise. Ces départs ne relèvent pas tous d’un même motif. Les démissionnaires ont notamment évoqué des désaccords sur la stratégie politique et la gestion interne. La direction, elle, rappelle que plusieurs responsables concernés étaient suspendus depuis mars 2026. Le 9 octobre, Nourénou Atchadé a réagi à leur départ en déclarant : « Cela ne nous fait ni froid ni chaud. » Il estimait que le congrès devait se prononcer sur leur situation disciplinaire.
Des revers électoraux à la crise de direction
Les tensions actuelles s’inscrivent dans une séquence politique difficile. Aux législatives du 11 janvier 2026, Les Démocrates ont obtenu environ 16,14 % des suffrages, sans décrocher de siège à l’Assemblée nationale, le seuil requis étant de 20 %. Le parti n’a ensuite participé ni aux communales de janvier ni à la présidentielle d’avril, faute notamment d’avoir réuni les conditions nécessaires à sa participation. Le départ de Boni Yayi de la présidence du parti, en mars, a ouvert une nouvelle bataille de leadership entre le camp de Nourénou Atchadé et celui d’Éric Houndété. La justice a validé en première instance la position du camp Atchadé, mais un appel a été introduit. L’examen du dossier est annoncé pour le 15 octobre 2026. La reconduction d’Atchadé au congrès ne signifie donc pas, à elle seule, que le différend judiciaire est clos. Dans son discours au congrès, Nourénou Atchadé a fixé trois priorités : restaurer la cohésion interne, améliorer l’organisation du parti et renouer la confiance avec les Béninois. Il a également plaidé pour l’apaisement politique, la libération des détenus politiques et le retour des exilés pour des motifs politiques. Ces objectifs dessinent une feuille de route. Mais leur mise en œuvre suppose de traiter les désaccords qui ont conduit certains cadres à partir, tout en préservant la capacité des militants à participer aux décisions. La présence de délégations amies, notamment celle du PPA-CI de Côte d’Ivoire représenté par Hubert Oulaye, a donné au congrès une dimension de solidarité politique. Adam Alawo, coordonnateur communal, a lui aussi pris la parole lors des assises. Le congrès a reconduit Nourénou Atchadé à la présidence par consensus. Cette décision clarifie la direction politique issue des assises, mais elle ne suffit pas à mesurer la cohésion réelle du parti. Entre les appels à l’unité, les démissions et le contentieux encore annoncé devant la justice, la question demeure celle de la traduction des engagements en pratiques internes. Pour Les Démocrates, « débattre sans se déchirer » ne peut rester une formule de tribune : c’est désormais une exigence à laquelle l’organisation de la vie du parti et ses prochaines décisions seront confrontées.
Souvenir ZANNOU

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