AWARDS ET ENTREPRENEURIAT : Quand le vote prend le pas sur le mérite

L’essor des réseaux sociaux a transformé les moyens de promouvoir une activité, de fédérer une communauté et de faire connaître un projet entrepreneurial. Au Bénin, cette évolution s’accompagne de compétitions dans lesquelles des créateurs de contenu, de jeunes entrepreneurs et des porteurs de projets concourent pour obtenir une distinction. Les modalités de sélection varient toutefois d’un dispositif à l’autre : certains accordent une place importante au vote du public, tandis que d’autres reposent sur l’examen des candidatures par des évaluateurs.

Ces différences soulèvent une question essentielle : que mesure réellement une récompense lorsque le classement dépend du nombre de voix recueillies ? Et comment cette méthode se compare-t-elle à une sélection fondée sur l’innovation, les résultats ou la viabilité d’une entreprise ? Les règlements de plusieurs compétitions permettent d’examiner ces enjeux à partir de données concrètes.

Le Bénin Digital Challenge illustre un modèle dans lequel la participation du public intervient directement dans le classement. Selon le règlement publié sur le site officiel de la compétition, une voix coûte 100 FCFA et le nombre de voix qu’une personne peut attribuer à un candidat n’est pas limité. Les paiements s’effectuent par Mobile Money et le classement est actualisé en direct. L’organisation indique par ailleurs que le challenge réunit douze créateurs de contenu, à raison d’un par département, autour de la culture, des langues, de la danse et de l’identité béninoise. Le vote du public constitue l’une des étapes du dispositif, après la sélection des participants et les épreuves diffusées sur TikTok.

Ces règles montrent que le classement peut dépendre de la capacité de chaque candidat à mobiliser des soutiens. Elles ne suffisent cependant pas à déterminer le poids exact du vote dans le résultat final ni à mesurer la qualité artistique ou culturelle des participants. Pour apprécier son influence, il faudrait également disposer des résultats détaillés, de la pondération des éventuelles épreuves et des critères appliqués lors de la sélection initiale.

Un autre exemple est celui de l’Award des jeunes entrepreneurs 2026, organisé dans le cadre de la cinquième édition du Festival des jeunes entrepreneurs. La plateforme Tikeneo recensait 67 participants répartis dans dix catégories, pour une compétition annoncée du 11 septembre au 10 octobre 2026. Les tarifs affichés pour les votes variaient selon les catégories : 4 200 FCFA pour la photographie et la vidéographie, 5 200 FCFA pour la décoration, 6 250 FCFA pour le titre de meilleur entrepreneur de l’Afrique francophone et 10 200 FCFA pour la mode. Ces montants correspondent aux tarifs indiqués sur la plateforme pour les votes dans les catégories concernées et ne doivent pas être confondus avec le prix d’entrée à la cérémonie.

La page consultée ne fournit toutefois pas suffisamment d’éléments pour établir la pondération exacte du vote, l’existence d’éventuels critères complémentaires ou la répartition finale des voix. Ces deux exemples montrent ainsi que le vote payant existe dans des compétitions organisées au Bénin. Ils ne démontrent pas, en revanche, que les lauréats sont dépourvus de compétences ou que les résultats sont nécessairement injustifiés. Pour aller plus loin, il faudrait examiner les règlements complets et les résultats de chaque édition.

Les compétitions entrepreneuriales ne reposent pas toutes sur les mêmes méthodes. Africa’s Business Heroes, un programme panafricain soutenu par la Fondation Jack Ma, a reçu 19 694 candidatures provenant de 54 pays africains pour son édition 2024. Selon le bilan officiel, plus de 280 évaluateurs ont participé à la première phase de sélection. Trois juges examinaient indépendamment chaque candidature à partir de critères et d’une grille de notation, avant la sélection des 50 finalistes. Ces derniers ont ensuite participé à des entretiens approfondis, puis les candidats retenus ont présenté leurs entreprises devant un jury.

Dans ce dispositif, la sélection ne se limite donc pas à l’accumulation de voix. Elle comprend plusieurs étapes d’évaluation des candidatures et des entreprises. Les données publiées ne permettent pas de mesurer directement la qualité de chaque lauréat, mais elles renseignent sur les procédures employées pour départager les candidats.

Les EDF Pulse Africa Awards offrent un autre point de comparaison. Pour l’édition 2023, dont la cérémonie finale s’est tenue le 7 mars 2024, 427 start-up avaient présenté leur candidature, contre 79 lors de la première édition, organisée en 2017. Les projets portaient sur la production décentralisée bas carbone, l’efficacité énergétique et la décarbonation par le numérique. Six finalistes ont été sélectionnés après cinq étapes régionales, puis ont présenté leurs solutions devant un jury lors de la finale. Trois prix principaux ont récompensé des entreprises proposant des solutions dans les domaines concernés.

Ces données permettent de comparer deux logiques de sélection : d’un côté, des compétitions dans lesquelles le vote du public participe au classement ; de l’autre, des programmes qui publient un processus d’évaluation en plusieurs étapes. Les objectifs diffèrent également. Un concours de popularité cherche notamment à mesurer la capacité d’un candidat à mobiliser le public, tandis qu’un prix d’innovation peut s’intéresser à la nature d’une solution, à son potentiel de développement ou à sa contribution à un secteur donné.

Cette distinction ne signifie pas qu’un modèle garantit systématiquement de meilleurs résultats que l’autre. Le vote populaire peut valoriser la capacité d’un entrepreneur à faire connaître son activité, tandis qu’une évaluation par des spécialistes permet d’examiner des dimensions moins visibles pour le grand public. La portée d’une récompense dépend donc des objectifs annoncés et des critères réellement appliqués.

La comparaison entre ces dispositifs conduit à distinguer plusieurs dimensions souvent regroupées sous le terme de « mérite ». Pour une activité entrepreneuriale, celles-ci peuvent inclure le caractère innovant d’un produit ou d’un service, la viabilité économique du modèle, les résultats obtenus, la satisfaction des clients, la capacité à créer des emplois ou encore l’impact social et environnemental. Toutes les compétitions ne retiennent pas nécessairement les mêmes critères, et leur pertinence dépend de la catégorie récompensée.

Le vote du public mesure, quant à lui, une forme d’adhésion ou de soutien. Lorsque les voix sont payantes et qu’aucune limite individuelle n’est fixée, le volume de votes peut également refléter les moyens financiers mobilisés par les soutiens. Cette conséquence découle des règles de participation, mais ne permet pas de conclure que l’argent explique à lui seul le résultat : la notoriété, la qualité de la communication, l’engagement communautaire et l’intérêt suscité par le projet peuvent également jouer un rôle.

La transparence des procédures devient alors essentielle. La publication des critères de sélection, de la pondération entre vote populaire et évaluation technique, des modalités de vérification des résultats et de la composition du jury permettrait au public de mieux comprendre ce que récompense chaque distinction. Elle faciliterait également la comparaison entre des concours dont les objectifs ne sont pas identiques.

Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que les awards entrepreneuriaux ont abandonné le mérite au profit de la popularité. Elles montrent plutôt que les méthodes de sélection diffèrent et que les résultats ne peuvent être correctement interprétés sans connaître les règles applicables à chaque compétition. Entre mobilisation du public et évaluation des projets, les awards répondent à des objectifs qui peuvent se compléter, mais qui ne sont pas interchangeables. La question centrale demeure celle de la cohérence entre le titre attribué, les critères annoncés et la méthode utilisée pour désigner le lauréat.

Souvenir ZANNOU

One thought on “AWARDS ET ENTREPRENEURIAT : Quand le vote prend le pas sur le mérite”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You cannot copy content of this page