CONCOURS DE BEAUTÉ AU BÉNIN : Derrière les couronnes, des pratiques préoccupantes qui appellent l’État à réagir

Elles sont étudiantes pour la plupart. Elles rêvent d’une couronne, d’une visibilité, d’un contrat ou simplement d’une expérience susceptible de donner un nouvel élan à leur parcours. Mais derrière les projecteurs et les séances photos, certaines jeunes candidates se retrouvent prises dans une mécanique financière qui mérite aujourd’hui l’attention des pouvoirs publics.

Dans plusieurs concours de beauté, le vote du public occupe une place importante dans la désignation des lauréates. Pour les candidates, il faut alors mobiliser famille, amis, camarades et connaissances pour multiplier les votes. Une course à la popularité qui peut rapidement devenir une course à l’argent. Certaines candidates dépensent des sommes considérables pour conserver leurs chances, parfois jusqu’à dépasser la valeur du prix finalement attribué à la gagnante.

Le paradoxe est saisissant. Une étudiante, souvent sans revenus propres, participe à un concours présenté comme une opportunité. Pour espérer décrocher la couronne, elle doit mobiliser des ressources qu’elle ne possède pas toujours. Les votes deviennent alors une véritable source de revenus pour certains mécanismes d’organisation, tandis que la candidate supporte l’essentiel de la pression financière.

À cette réalité économique s’ajoutent des pratiques autrement plus préoccupantes rapportées par certaines jeunes femmes : des propositions de faveurs sexuelles qui seraient parfois présentées comme la contrepartie d’un avantage, d’une promotion ou d’une meilleure position dans la compétition. Ces accusations ne sauraient être généralisées à l’ensemble des promoteurs, mais elles sont suffisamment graves pour justifier un regard plus attentif sur le secteur.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui sera la prochaine reine de beauté. Elle est de savoir dans quelles conditions ces concours sont organisés, qui les autorise, quelles règles encadrent les relations entre promoteurs et candidates et quels mécanismes protègent ces jeunes femmes contre les abus et les pressions.

L’État ne peut pas rester spectateur d’un phénomène qui touche une jeunesse majoritairement estudiantine. Toute organisation de ce type devrait pouvoir justifier de son existence légale, obtenir les autorisations requises et présenter aux candidates, avant leur engagement, des règles transparentes sur les frais, les votes, les récompenses, les critères de sélection, l’utilisation de leur image et les responsabilités des organisateurs.

Il devient également nécessaire de s’interroger sur les systèmes de votes payants. Lorsque la multiplication des votes coûte à une candidate plus que ce que représente la récompense promise, où se situe encore l’intérêt du concours pour celle qui participe ? À partir de quel moment une compétition censée promouvoir les jeunes femmes devient-elle un modèle économique construit autour de leur portefeuille et de celui de leur entourage ?

C’est ici que les autorités compétentes doivent, si nécessaire, siffler la fin de la récréation. Il ne s’agit pas d’interdire les concours de beauté ni de décourager les initiatives privées. Il s’agit de mettre de l’ordre, de protéger les participantes et de garantir que derrière chaque couronne se trouve une compétition loyale, transparente et respectueuse de la dignité des candidates.

Le ministère de l’Intérieur, en lien avec les autres administrations concernées, gagnerait à clarifier le cadre applicable à ces manifestations, à vérifier les autorisations nécessaires et à renforcer les conditions d’organisation. Les promoteurs sérieux n’auraient d’ailleurs rien à craindre d’un tel encadrement. Au contraire, des règles claires permettraient de distinguer les véritables initiatives de valorisation de la jeunesse des entreprises qui exploiteraient sa vulnérabilité.

Parce qu’une couronne ne devrait pas coûter une fortune à celle qui la convoite. Parce qu’une jeune femme ne devrait jamais avoir à acheter une chance. Et surtout, parce qu’aucune opportunité ne devrait être conditionnée à une faveur intime, l’État doit désormais regarder de plus près ce qui se passe derrière les paillettes.

Patrice BIAOU

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