L’appel du consultant en logistique, Bastou Assouma
Ce samedi 26 juillet 2025, le général Abdourahamane Tiani, à la tête du Niger depuis le renversement du président Mohamed Bazoum, s’est adressé à la nation pour marquer les deux ans de son accession au pouvoir. Dans son discours radiotélévisé, il s’en est violemment pris aux « forces impérialistes » qu’il accuse de déstabiliser le Niger.
Je me permets, en tant que spécialiste de la logistique et de la chaîne d’approvisionnement, d’apporter un regard professionnel, objectif et constructif sur la situation actuelle, qui n’épargne personne, surtout pas les populations civiles nigériennes et les pays voisins.
Le vrai problème, ce n’est pas l’extérieur : c’est la gouvernance actuelle
Monsieur le Président, ce n’est pas en accusant systématiquement les puissances étrangères que vous résoudrez les problèmes structurels du Niger. Le véritable blocage vient de votre propre gestion, de votre isolement diplomatique et de vos décisions économiques hasardeuses.
Fermer la frontière avec un pays frère comme le Bénin, principal couloir logistique pour le Niger, est une erreur stratégique majeure. Le Niger est un pays sans littoral, qui dépend naturellement de ses voisins pour ses importations et exportations. En logistique, l’interdépendance régionale est une obligation, pas un choix.
Une population prise en otage
Depuis deux ans, les populations nigériennes souffrent : flambée des prix, ralentissement des flux de marchandises, manque d’accès à certains produits essentiels, paralysie des chaînes d’approvisionnement… Et pourtant, les Nigériens continuent d’affluer au Bénin, où ils sont accueillis avec dignité, comme des frères et sœurs. Le peuple béninois ne confond pas les peuples avec leurs gouvernants.
Je salue au passage la gestion responsable du gouvernement béninois, qui, malgré les accusations infondées du général Tiani, continue de promouvoir la paix, le dialogue et la stabilité sous-régionale.
Propositions concrètes pour sortir de la crise
En tant que professionnel de la logistique et de l’approvisionnement, je propose quelques pistes que le Niger pourrait suivre pour restaurer la confiance et la stabilité économique :
- Rouvrir la frontière avec le Bénin sans délai, en relançant le dialogue bilatéral. Le port de Cotonou est vital pour la survie économique du Niger.
- Mettre en place un corridor humanitaire pour les produits stratégiques : alimentation, médicaments, carburant, intrants agricoles.
- Réformer l’appareil administratif et économique avec l’implication des civils compétents, en mettant fin à la militarisation de la gouvernance.
- Adopter un plan de redynamisation logistique régional, en travaillant avec les pays de l’hinterland (Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire) pour diversifier les sources d’approvisionnement.
- Mettre en place une cellule de coordination sous-régionale, composée d’experts civils indépendants, pour anticiper et gérer les crises de transit et de commerce.
Il faut sortir de la logique militaire
Gouverner un pays, ce n’est pas diriger une caserne. Il faut inclure les civils, les techniciens, les experts, la société civile, les femmes, les jeunes. Un militaire peut prendre le pouvoir, mais il ne peut réussir seul. L’économie n’obéit pas aux ordres : elle repose sur la confiance, la coopération et la transparence.
Monsieur le Président, il n’est jamais trop tard pour corriger ses erreurs. C’est même une marque de grandeur. L’histoire ne retiendra pas les slogans, mais les actes. Vous avez aujourd’hui une chance : celle de changer de cap et de servir véritablement votre peuple.
Bastou ASSOUMA
Consultant indépendant en transport, logistique et chaîne d’approvisionnement
Spécialiste des corridors commerciaux d’Afrique de l’Ouest
