Autrefois, le mariage au Bénin était profondément ancré dans la tradition, avec l’approbation des oracles et des esprits jouant un rôle crucial dans l’union des couples. Cette pratique, bien que délaissée aujourd’hui, est perçue par certains comme une clé de l’harmonie conjugale. Augustin Eninhou, sage, tête couronnée, chef de collectivité, dignitaire de l’oracle « Fâ » et gardien des rites et cultes traditionnels aborde le sujet avec une équipe du Quotidien Éveil Info.
Le mariage, avant tout se veut garant d’un foyer avantageux et vivable ainsi que d’un avenir prospère pour les générations à naître. C’est évidemment l’une des raisons pour lesquelles les parents, par le passé ne se passaient pas de la voix divine. À en croire le sage, auparavant, le processus du choix du conjoint et du mariage n’est point ce que vit la jeunesse d’aujourd’hui. Selon la tradition, le jeune garçon en âge de se marier n’a aucun droit d’aller demander la main d’une fille à qui que ce soit. Au contraire, une fois qu’il arrive à faire un choix, il le soumet à ses parents ou à sa famille. Et c’est au tour de la famille d’aller à la rencontre de la famille de la jeune fille. Et bien même avant cette étape, la famille du garçon se permettait en amont d’analyser le choix et fait un feedback dans l’histoire afin de voir si la future belle-famille est digne d’honnêteté et de confiance. Ils font à cet effet, recours aux comportements, au passé, aux défauts, qualités et autres aspects afin de valider le choix de leur garçon. Ce n’est qu’après ça que la rencontre entre les deux familles se tenait. Et c’est bien au tour de la probable belle-famille d’ordonner la consultation du « Fâ » ou de toute autre divinité pouvant prédire l’avenir de l’union. Sans émotion, la décision divine passe et le garçon se retrouve dans l’obligation d’abandonner son choix, de l’opérer ou de passer à des sacrifices avant de s’engager.
Malheureusement, l’ordre des choses n’a plus raison d’exister puisque la nouvelle génération trouve moins d’importance à cette routine. Cet état de choses s’explique par le fait que la famille est vue aujourd’hui comme moins qu’important dans la vie des jeunes qui se disent suffisamment matures pour opérer un choix. À en croire le sage Augustin Eninhou, le christianisme est également l’autre cause qui a porté un coup de massue à ces pratiques. Puisqu’il n’est écrit nulle part dans la Bible qu’il faut consulter un divin avant de se marier, la jeunesse a fait main basse sur la pratique qui tente de disparaître déjà. Plus de retombés que de plaisir ! Alors que les amoureux prennent un réel plaisir à vivre pleinement de leur flamme érotique que de se fier à une quelconque divination, les conséquences ne tardent pas à se mêler aux relations. Les divorces précoces, l’infertilité dans les couples, l’absence de la paix, les blocages financiers, les difficultés de conception et plein d’autres maux deviennent le leitmotiv des foyers. Puisque le foyer s’est construit dans une sphère spirituelle sombre et risquée et aucun sacrifice n’est fait pour conjurer les mauvais sorts.
L’Afrique détient ses réalités, lesquelles sont intrinsèques et ne font pas faveur aux mauvais pas. Vouloir à tout prix défier ces réalités et se faire un mode de vie singulier n’est qu’un jeu vain et improductif auquel joue la jeunesse.
Si dans les pays occidentaux, les liens familiaux importent moins dans le processus du mariage, en Afrique, la réalité est tout autre. Le sage raconte que certains faits liés à la spiritualité, aux conflits sociétaux d’entre-temps ou a d’autres raisons excluent certains liens de sang entre les descendants de ces familles. Ce sont en réalité ces mauvais liens, interdits et formellement proscrits qu’interdisent l’oracle afin de prévenir les aventures calamiteuses et des fatalités nocifs. Les nombreuses difficultés liées à la vie conjugale se ressourcent pour la plupart à ce fait. Lesquelles difficultés pouvaient être évitées en toute facilité rien qu’avec une simple consultation spirituelle. Même si la jeunesse trouve que tout choix vient de Dieu, il faut reconnaître la place de la prédication dans l’accomplissement de la volonté de Dieu.
Il serait donc d’une importance capitale que la jeunesse se retourne à la source et se rend compte du poids de son ignorance. Sans doute, elle pourra faire un bon choix de conjoint afin de fonder un foyer suffisamment béni. Et ceci pour se garantir de sa survie et de l’avenir des générations à engendrer. Lequel choix évitera les éventuelles complications futures et fera de ce foyer une exception parmi les autres.
Germain ALOZE
