Il est des tailleurs qui ne coupent jamais au hasard. À Lomé, le dernier modèle sorti de l’atelier constitutionnel n’est pas du prêt-à-porter démocratique. Non. C’est du sur-mesure. D’un tissu rare, cousu main, cintré à la silhouette d’un homme : Faure Gnassingbé. La Ve République togolaise, née dans le tumulte d’un vote parlementaire sans opposition, est une veste qui ne sied qu’à un seul torse.
Car il faut bien le dire, l’habit fait le monarque. En instituant un régime parlementaire dans un pays où l’opposition est marginalisée et où l’Assemblée nationale est monocolore, l’on ne fait que déplacer le trône d’un bureau à un autre. L’homme reste. Le pouvoir reste. Les apparences changent.
Ce changement, on nous le vend comme un progrès. On nous parle de modernisation institutionnelle, de redevabilité accrue, de séparation des pouvoirs. Mais à y regarder de plus près, c’est plutôt l’art de verrouiller les issues, de museler l’incertitude des urnes. En réduisant le poids du suffrage universel direct, on allège surtout le risque d’un revers électoral. Finie la présidentielle directe, bonjour la cooptation parlementaire. L’emballage est nouveau, le contenu reste le même.
Il faut admirer, malgré tout, la finesse stratégique. L’adversaire politique n’est pas éliminé frontalement, il est contourné. Le peuple n’est pas muselé par la force, il est tenu à distance par la procédure. Et pendant que certains croient encore au bal masqué du progrès institutionnel, d’autres, plus lucides, ont compris : Faure ne partira pas. Il changera de chaise, de titre peut-être, mais il ne partira pas.
La Ve République togolaise ? Une Constitution habillée de neuf pour un pouvoir qui ne vieillit jamais. Un costume cousu à la mesure d’un règne qu’on voudrait éternel.
