ÇA TIRE À BOULETS ROUGES AU SEIN DE L’UP LE RENOUVEAU : Ahouanmènou contre Gbénonchi, la fusion Prd-Up sur une poudrière

Le ton monte au sein de l’Union Progressiste le Renouveau (UPR). À sept mois des élections générales, un duel feutré mais féroce oppose deux figures du parti : Gérard Gbénonchi, Secrétaire général, et Gratien Ahouanmènou, ancien cadre influent du PRD et membre de la direction exécutive nationale de l’UPR. Au cœur de cette joute épistolaire : l’interview de Gratien Ahouanmènou à Bip Radio, dans laquelle il remet en cause la validité même de la fusion entre le PRD et l’UP. Le débat aurait pu rester interne. Il est désormais public. Et il est explosif.

Le rappel à l’ordre de Gbénonchi : une sommation habillée en appel à l’unité

Dans une lettre datée du 13 juin 2025, Gérard Gbénonchi reproche à Ahouanmènou d’avoir publiquement exprimé des positions contraires à la ligne du parti. Il lui est notamment fait grief de revendiquer son appartenance au PRD, alors même que la fusion avec l’UP aurait, selon les instances, entraîné sa dissolution. Gérard Gbénonchi agite l’article 11 de la charte des partis politiques et l’article 41 des statuts de l’UPR : nul ne saurait militer dans deux partis à la fois, et toute prise de parole publique doit s’aligner avec les orientations officielles. Un délai de 48h est donné à l’intéressé pour s’expliquer.

Mais ce que la direction présente comme un rappel à la discipline ressemble fort à une tentative de museler un malaise croissant au sein des ex-PRD. Et Gratien Ahouanmènou n’entend pas se taire.

La réplique d’Ahouanmènou : un plaidoyer pour la vérité, un tir nourri contre le silence complice

Dans sa réponse en date du 17 juin, Ahouanmènou n’y va pas par quatre chemins. Le ton est posé, mais la charge est lourde. D’entrée, il accuse le Secrétariat général de l’UPR d’un silence « scandaleux » face aux insultes dont aurait été victime Adrien Houngbédji, président fondateur du PRD, lors de la fusion. Il justifie sa sortie médiatique par un devoir de conscience et de loyauté vis-à-vis d’un parti, le PRD, qu’il estime toujours légalement existant.

L’ancien député fait voler en éclats l’argument de la dissolution. Selon lui, aucun des actes juridiques requis (notamment un congrès extraordinaire statuant à la majorité des ¾) n’a été mené à terme pour acter formellement la disparition du PRD. Et d’ajouter que l’UPR n’est, à ses yeux, qu’un conglomérat incomplet, validé par « complaisance » administrative. En clair : le PRD vit toujours, et lui reste fidèle.

Mais plus encore, Ahouanmènou accuse le président du parti, Joseph Djogbénou, de n’avoir pas rempli ses obligations statutaires. Il s’en prend à une direction qu’il estime en manque de légitimité et fustige une logique de menace plutôt que d’écoute. Il revendique son droit à la parole, à l’analyse, à la critique. Et il le fait en citant la Constitution.

Un conflit symptomatique d’une fusion jamais digérée

Derrière ce face-à-face, c’est toute la fragilité du processus de fusion entre l’UP et le PRD qui refait surface. Dès le départ, cette union a été vue par beaucoup comme une greffe artificielle, pilotée par en haut, et dont les bases militantes n’ont jamais été véritablement consultées. Ahouanmènou, dans son propos, reflète ce que beaucoup murmurent : une fusion de façade, sans adhésion réelle, sans dialogue franc.

La direction du parti semble aujourd’hui dépassée par l’ampleur des rancœurs internes. En s’attaquant à une figure comme Gratien Ahouanmènou, elle ouvre la boîte de Pandore. Car si la ligne officielle prône l’unité, les lignes de fracture sont visibles, profondes, et désormais assumées. En politique, le verbe peut être plus tranchant que l’épée. Et celui d’Ahouanmènou, juridico-politique, bien argumenté, risque de laisser des traces.

2026 en ligne de mire : l’UPR à l’épreuve de ses propres fissures

Alors que la pré-campagne s’intensifie, que les autres partis affûtent leurs armes, l’UPR est occupée à panser ses plaies internes. Ce duel, loin d’être un simple accroc de parcours, expose une faille plus large : l’absence d’un consensus réel sur la fusion, sur la gouvernance, sur la place des ex-PRD au sein du dispositif. Et si d’autres voix suivaient celle de Gratien Ahouanmènou ?

En politique, les silences sont parfois plus éloquents que les discours. Mais celui d’un homme qui décide de parler, quitte à braver la hiérarchie, est souvent le signal qu’un système interne ne tient plus que par des fils.

Ça tire à boulets rouges. Et la guerre des communiqués n’a peut-être pas encore livré tous ses épisodes.

La rédaction

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