JOURNÉE DE L’ARTISAN BÉNINOIS 2026 : Françoise Laly Sohouanzo plaide pour la transformation numérique du secteur

À l’occasion de la célébration de la Journée de l’Artisan béninois (JAB 2026), la Présidente de la Confédération nationale des artisans professionnels du Bénin (CNAP-BÉNIN), Françoise Laly Sohouanzo, appelle à une profonde transformation du secteur de l’artisanat à travers le numérique. Dans un entretien accordé à notre rédaction, elle revient sur la portée de cette journée, les défis auxquels restent confrontés les artisans et les attentes de la CNAP-BÉNIN pour faire de l’artisanat un véritable levier de développement économique.

Instituée par le décret n°2022-330 du 8 juin 2022, la Journée de l’Artisan béninois représente, selon Françoise Laly Sohouanzo, bien plus qu’une simple célébration. Elle constitue une reconnaissance officielle de la place de l’artisan dans la société et dans l’économie nationale.

Françoise Laly Sohouanzo, Présidente de la Confédération nationale des artisans professionnels du Bénin (CNAP-BÉNIN),

« Cette journée est la vitrine de notre dignité et de notre savoir-faire. Elle montre au Bénin et au monde que l’artisan n’est plus dans l’ombre », affirme-t-elle. Pour la Présidente de la CNAP-BÉNIN, cette célébration est également un moment de rassemblement des artisans de toutes les régions du pays autour de leurs métiers, de leurs valeurs et de leur contribution au développement du Bénin.

Placée sous le thème « De l’atelier au monde : l’artisan béninois à l’ère du digital », l’édition 2026 met l’accent sur la modernisation du secteur. Pour Françoise Laly Sohouanzo, ce choix répond à une réalité économique désormais incontournable. « Aujourd’hui, un artisan qui n’est pas visible sur Internet n’existe pas pour le marché », soutient-elle.

À ses yeux, les outils numériques offrent désormais aux artisans béninois la possibilité d’élargir considérablement leurs marchés. Grâce au digital, explique-t-elle, un artisan installé dans une localité reculée peut désormais faire connaître son savoir-faire et commercialiser ses produits bien au-delà des frontières nationales.

La Présidente identifie cependant trois défis majeurs : la formation des artisans aux outils numériques et aux plateformes de commercialisation, l’amélioration de la qualité des produits afin de répondre aux standards internationaux, ainsi que le renforcement de l’accès aux infrastructures numériques, notamment Internet, l’électricité et les financements nécessaires à la modernisation des ateliers.

Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, Françoise Laly Sohouanzo estime que plusieurs difficultés structurelles continuent de limiter le plein essor de l’artisanat béninois. Elle évoque en premier lieu les difficultés d’accès au financement. « Les artisans n’ont toujours pas accès à des crédits adaptés. Les garanties exigées par les établissements financiers restent inaccessibles pour une grande majorité d’entre eux », déplore-t-elle.

Elle attire également l’attention sur la concurrence des produits importés à bas coût, qui fragilise les productions locales, ainsi que sur la persistance d’un important secteur informel, où de nombreux artisans exercent encore sans véritable protection sociale.

Tout en saluant les actions entreprises par les pouvoirs publics, notamment la création d’un ministère en charge de l’artisanat, l’organisation de la Journée de l’Artisan béninois, les foires professionnelles et les initiatives de formation, la Présidente de la CNAP-BÉNIN estime que plusieurs mesures demeurent prioritaires.

Elle plaide notamment pour la création d’un Fonds national de garantie destiné à faciliter l’accès des artisans au crédit bancaire, le renforcement de la protection du marché national contre la contrefaçon et les importations déloyales, ainsi que la digitalisation des centres de métiers afin qu’ils deviennent de véritables pôles d’innovation, de formation et d’accompagnement entrepreneurial.

À l’endroit des artisans, Françoise Laly Sohouanzo lance un appel à la confiance et à l’innovation. « Soyez fiers de vos mains. Formez-vous, regroupez-vous au sein de la CNAP-BÉNIN et osez le digital. Votre atelier peut devenir une véritable entreprise », exhorte-t-elle.

Aux jeunes, elle rappelle que l’artisanat constitue aujourd’hui un secteur d’avenir capable de créer des emplois durables et de véritables opportunités entrepreneuriales.

Enfin, elle invite les autorités à poursuivre leurs investissements en faveur du secteur. « L’artisanat emploie plus de 60 % des Béninois. Investir dans l’artisanat, c’est investir dans l’emploi, la formation et le développement de nos communautés. Un artisan soutenu, c’est plusieurs jeunes formés et des familles qui vivent dignement », conclut la Présidente de la CNAP-BÉNIN.

Patrice BIAOU

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