RECRUTEMENT D’AFRICAINS PAR LA RUSSIE : Le Cameroun donne l’alerte, le reste de l’Afrique interpellé

À Yaoundé, des familles et des acteurs de la société civile tirent la sonnette d’alarme sur le recrutement de jeunes Camerounais présentés comme attirés vers la Russie par de fausses promesses d’emploi ou d’études, avant de se retrouver engagés aux côtés des forces russes en Ukraine. Réunis au sein du collectif « Ramenez Nos Fils et Nos Frères », ils réclament l’ouverture d’enquêtes, le démantèlement des réseaux de recrutement et le rapatriement des dépouilles des victimes.

La mobilisation intervient alors que plusieurs familles affirment être sans nouvelles de leurs proches depuis des mois. D’autres disent avoir appris leur décès sans disposer d’informations suffisantes sur les circonstances de leur mort ni sur les conditions de rapatriement des corps. Seize décès de ressortissants camerounais ont déjà été officiellement notifiés par la Russie, selon les informations communiquées aux autorités camerounaises.

Pour les familles mobilisées, ces cas révèlent un phénomène qui dépasse les parcours individuels. Elles dénoncent des méthodes de recrutement qui exploiteraient la vulnérabilité économique de jeunes à la recherche d’un emploi ou d’une opportunité d’études. Attirés par des propositions présentées comme professionnelles ou académiques, certains auraient découvert une tout autre réalité une fois arrivés en Russie.

Le collectif demande aux autorités camerounaises d’identifier les intermédiaires impliqués, de démanteler les réseaux concernés et de prendre des mesures pour empêcher de nouveaux recrutements. Il réclame également un accompagnement des familles et des dispositions permettant de faciliter le retour des dépouilles.

Le phénomène ne serait toutefois pas circonscrit au Cameroun. Des cas de ressortissants africains recrutés pour rejoindre les forces russes ont été rapportés dans plusieurs pays du continent. Les méthodes utilisées, les profils ciblés et l’ampleur du phénomène peuvent varier, mais la vulnérabilité économique des jeunes constitue un terrain particulièrement favorable aux promesses d’opportunités à l’étranger.

L’alerte venue de Yaoundé pose ainsi une question aux autres gouvernements africains : quelles mesures sont prises pour identifier ces réseaux et protéger leurs ressortissants ? La multiplication des offres d’emploi ou de formation à l’étranger diffusées sur les réseaux sociaux complique davantage le travail de prévention et de vérification.

Pour les États africains, l’enjeu est désormais à la fois sécuritaire et humain. Il s’agit de mieux informer les candidats au départ, de renforcer la surveillance des réseaux de recrutement et de coopérer pour identifier les intermédiaires qui exploitent les espoirs de jeunes en quête d’un avenir meilleur.

La mobilisation camerounaise pourrait ainsi servir de signal d’alerte à l’échelle du continent. Derrière chaque recrutement se trouve un jeune confronté à la promesse d’une vie meilleure, mais aussi une famille susceptible de se retrouver sans nouvelles, face à une disparition ou à l’annonce d’un décès loin de son pays.

Le Cameroun a choisi de mettre le phénomène sur la place publique. Reste désormais à savoir si les autres pays africains prendront, à leur tour, la mesure d’un recrutement qui transforme parfois une promesse d’emploi ou d’études en départ pour le front ukrainien.

BKP

One thought on “RECRUTEMENT D’AFRICAINS PAR LA RUSSIE : Le Cameroun donne l’alerte, le reste de l’Afrique interpellé”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You cannot copy content of this page