NIGER : Niamey sous les tirs, le régime de tiani au bord du précipice

Niamey a passé une nuit sous les tirs. Des échanges de coups de feu et des explosions ont retenti vendredi soir autour de plusieurs points stratégiques de la capitale, notamment l’aéroport et les abords du palais présidentiel. Des militaires présentés comme des mutins auraient tenté de s’approcher du palais avant d’être repoussés par les forces restées loyales au général Abdourahamane Tiani. Au matin, le pouvoir affirmait avoir repris le contrôle de la situation.

Mais derrière cette communication officielle, c’est un autre spectacle qui s’impose : celui d’un régime silencieux face à une capitale gagnée par l’incertitude. Les communications ont été fortement perturbées et l’accès aux réseaux sociaux difficile. Dans un pays où le pouvoir militaire s’est construit sur la promesse d’autorité et de souveraineté, voir les armes résonner autour des lieux les plus sensibles du pouvoir constitue un sérieux avertissement.

Et Tiani ? Le chef du régime n’a pas pris publiquement la parole dans les premières heures. Où est-il ? S’est-il mis à l’abri ou se trouve-t-il simplement dans son dispositif de commandement ? Impossible de l’établir avec certitude à ce stade. Mais son silence, au moment où la capitale est secouée par des tirs, nourrit une question que le pouvoir ne pourra pas indéfiniment esquiver : qui maîtrise réellement la situation à Niamey ?

Le paradoxe est cruel. Depuis juillet 2023, Tiani gouverne au nom de la rupture avec l’ancien système et de la restauration de la sécurité. Pourtant, trois ans après son arrivée au pouvoir, la menace n’a pas disparu du territoire nigérien et des hommes armés ont encore réussi à provoquer une situation suffisamment grave pour toucher le cœur de la capitale.

L’épisode met également l’Alliance des États du Sahel face à ses propres contradictions. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont fait de leur solidarité stratégique un pilier de leur nouvelle doctrine politique et sécuritaire. Mais lorsque Niamey est sous tension, le silence de Bamako et de Ouagadougou interroge. Où sont les déclarations ? Où est la solidarité visible ? Où sont les renforts annoncés comme l’une des forces de cette nouvelle alliance ?

Cette absence de réaction publique immédiate ne permet pas, à elle seule, de conclure à une défaillance militaire de l’AES. Elle révèle néanmoins une difficulté politique majeure : une alliance qui prétend constituer un rempart collectif est nécessairement jugée sur sa capacité à se manifester lorsque l’un de ses membres traverse une crise.

Le pouvoir nigérien pourra présenter cette nuit comme une mutinerie contenue. Mais il ne pourra pas effacer les questions qu’elle laisse derrière elle. Comment une capitale placée sous le contrôle d’un régime militaire peut-elle être secouée de cette manière ? Comment des insurgés peuvent-ils atteindre des secteurs aussi sensibles ? Et pourquoi le sommet de l’État donne-t-il si peu de visibilité au moment où les Nigériens ont besoin de savoir qui commande ?

Tiani a remporté une bataille lorsqu’il a pris le pouvoir. Mais gouverner ne consiste pas seulement à conquérir un palais. Il faut encore garantir la sécurité du peuple, préserver la cohésion de l’appareil d’État et convaincre que le pouvoir reste maître de son territoire. Cette nuit de tirs vient précisément fissurer cette image de maîtrise.

Le Niger n’a pas besoin d’un nouveau cycle de sang. Il a besoin de réponses. Les Nigériens ont besoin de savoir ce qui s’est réellement passé à Niamey, qui sont les hommes impliqués, comment ils ont pu agir et quelles conséquences cette attaque aura sur la stabilité du pays.

Car un pouvoir qui promettait de rendre au peuple sa souveraineté ne peut rester éternellement enfermé dans le silence lorsque les armes parlent dans sa propre capitale.

La nuit de Niamey n’est peut-être pas encore la chute de Tiani. Mais elle pourrait bien être le début de la fin d’une illusion : celle d’un régime capable de tout contrôler par la seule force.

Et lorsque le silence gagne les palais pendant que les tirs réveillent une capitale, ce n’est plus seulement la sécurité d’un régime qui est en question. C’est sa capacité à gouverner.

BKP

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