COMMERÇANTS IGBO À PARAKOU : Hilary Ezemba contre-attaque et livre sa version du conflit

📍Le président de la Nigeria Traders Association conteste les témoignages diffusés dans les médias, revient sur les contributions de l’association et évoque une rivalité de leadership

L’affaire qui agite depuis plusieurs jours la communauté des commerçants igbo à Parakou connaît un nouveau développement. Après les publications médiatiques faisant état d’intimidation et d’extorsion présumées au sein de la communauté, la direction de la Nigeria Traders Association (NTA) a décidé de sortir du silence. Au cours d’un entretien accordé à Éveil Info, son président, Hilary Ezemba, conteste les faits rapportés et présente sa lecture d’un conflit qu’il situe principalement sur le terrain du leadership de l’organisation.

Pour le président de la NTA, la situation actuelle serait liée à des désaccords anciens autour de la direction de l’association. Hilary Ezemba évoque notamment un « coup monté » contre sa personne, qu’il attribue à ce qu’il présente comme une volonté de sabotage et à des rivalités internes.

Selon les éléments présentés par Hilary Ezemba, la Nigeria Traders Association existe depuis plus de 40 ans et compte aujourd’hui plus de 500 membres. Il affirme que la controverse actuelle ne porte pas fondamentalement sur la gestion des cotisations ou sur des questions de violence, mais sur la direction de l’organisation et les contestations dont son bureau ferait l’objet.

Le président de la NTA revient notamment sur son parcours à la tête de l’association. Il affirme avoir remporté les élections de 2020 avec 163 voix, contre 68 pour un premier rival et 3 voix pour deux autres candidats. Selon son récit, cette élection avait ensuite donné lieu à une contestation de la part de certains responsables de l’ancienne équipe.

Hilary Ezemba affirme avoir finalement quitté ses fonctions après une semaine marquée par une grève et la fermeture de commerces, afin, selon lui, de préserver la paix au sein de la communauté. En septembre 2025, il dit avoir été de nouveau sollicité par la base pour reprendre la direction de la Nigeria Traders Association.

Depuis lors, affirme-t-il, une frange d’une quinzaine de responsables contesterait son autorité et chercherait à obtenir la dissolution de l’organisation.

L’autre volet du dossier concerne la somme de 300 000 FCFA évoquée pour certains nouveaux commerçants souhaitant s’installer à Parakou, ainsi que 25 000 FCFA pour d’anciens apprentis. Hilary Ezemba soutient que ces montants n’ont pas été instaurés sous son mandat.

Selon les documents et explications présentés à Éveil Info, ces frais auraient été votés et consignés dans les registres de l’association dès 2018, sous la responsabilité de précédents dirigeants. Le président de la NTA affirme ainsi que cette disposition s’inscrit dans un fonctionnement interne ancien et ne serait pas une mesure nouvellement prise par son bureau.

Quant à la destination des fonds, Hilary Ezemba cite notamment le fonctionnement de l’école Anglaise, la prise en charge de certains frais médicaux, les rapatriements en cas de décès ainsi que les questions de sécurité concernant les commerçants et leurs familles.

La direction de l’association explique également que l’enregistrement des membres permet de disposer d’informations sur leur origine au Nigeria, notamment leur commune et leur village, afin de pouvoir retrouver et contacter leurs proches en cas d’accident, de maladie grave ou de décès.

« Personne n’est forcé de rentrer dans l’Association. On vous explique les règles et vous choisissez de vous inscrire », affirme Hilary Ezemba, qui soutient que ces règles sont liées à l’adhésion à l’organisation.

La NTA affirme par ailleurs jouer un rôle de médiation au sein de la communauté. Selon son président, l’association intervient notamment pour régler à l’amiable certains différends commerciaux entre ressortissants igbo, avec l’objectif d’éviter que des conflits internes de moindre importance ne soient systématiquement portés devant les services de police.

Sur le terrain, Hilary Ezemba affirme que la médiatisation de la situation aurait cependant créé un climat d’inquiétude parmi certains membres de la communauté. Il soutient que des commerçants auraient fermé leurs boutiques et seraient temporairement retournés au Nigeria, par crainte pour leur sécurité.

Face à cette situation, le président de la NTA lance un message d’apaisement à ses membres et les invite à reprendre leurs activités.

« Je demande à tous nos frères et sœurs de garder leur calme et de rouvrir leurs commerces. Ne cédez pas à la peur. Nous sommes en règle et nous travaillons main dans la main avec les autorités béninoises pour garantir la sécurité de chacun », rassure-t-il.

Sur le plan judiciaire, Hilary Ezemba confirme avoir été convoqué par la Police républicaine pour être entendu dans le cadre de l’affaire. Il affirme respecter les institutions béninoises, le maire de Parakou ainsi que les forces de sécurité et se dit disposé à répondre aux sollicitations des autorités compétentes.

Le président de la NTA regrette toutefois que certains de ses détracteurs aient, selon lui, privilégié la médiatisation du conflit plutôt qu’une concertation interne ou la saisine des autorités compétentes. Cette appréciation relève de sa lecture personnelle du différend.

Soucieux de voir les tensions prendre fin, Hilary Ezemba se dit même prêt à envisager son départ de la direction de l’association si cette décision pouvait contribuer à ramener le calme.

« Si ma démission peut ramener la paix et faire cesser ce désordre, je suis prêt à laisser la place. Mais je ne laisserai pas salir le nom des Igbo », affirme-t-il.

Les échanges engagés par la rédaction avec le camp mis en cause ont également permis d’apporter des précisions sur le rôle de certaines personnes citées dans le dossier. Selon les explications fournies à Éveil Info par un responsable de l’association, le CEO de Jencosmos Sarl serait membre de l’organisation et occuperait un rôle lié aux négociations pour le compte de l’association lorsque cela est nécessaire. Le même responsable affirme que son nom figure au 13e rang de la grande liste des membres de l’organisation.

Cette précision permet de mieux situer, selon la version communiquée à la rédaction, l’appartenance et le rôle attribué au responsable de Jencosmos Sarl au sein de l’organisation.

Autre mise au point apportée au terme de ces échanges : selon les responsables de l’association rencontrés par Éveil Info, le Pasteur Igwé Hilary ne serait ni de près ni de loin membre de la Nigeria Traders Association. Cette précision est apportée à la demande des personnes mises en cause, qui souhaitent que cette distinction soit clairement établie.

Éveil Info avait précédemment recueilli les témoignages de commerçants faisant état de sommes réclamées et de pratiques qu’ils estimaient préoccupantes. Ces témoignages avaient été rapportés comme tels. La réponse apportée aujourd’hui par la direction de la NTA permet de mettre en regard cette première version avec les explications, documents et éléments de contexte présentés par la partie mise en cause.

À ce stade, les différentes versions restent à apprécier à la lumière des éléments disponibles et des vérifications susceptibles d’être effectuées par les autorités compétentes. Pour la communauté des commerçants igbo de Parakou, l’enjeu est désormais de préserver le dialogue, la cohésion et la continuité des activités commerciales, dans un contexte où les tensions internes ont pris une dimension publique.

La Rédaction

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