RANÇONNEMENT DANS LA POLICE : Le coup de poing du Dgpr Brice Kokou Allowanou

Lorsqu’un Directeur général de la Police républicaine en arrive à demander publiquement aux usagers de la route de ne plus céder aux sollicitations illégales, d’exiger systématiquement un procès-verbal et un reçu, puis de refuser toute négociation, le message dépasse largement le simple rappel des bonnes pratiques. Il révèle l’ampleur d’un phénomène qui, malgré les efforts engagés depuis plusieurs années, continue d’entacher l’image de l’institution.

Le discours prononcé le 27 juillet 2026 par le Contrôleur général de Police Brice Kokou Allowanou marque une rupture de ton. Sans détour, le patron de la Police républicaine reconnaît que le rançonnement et la corruption constituent deux fléaux qui détruisent la confiance entre la police et les populations. Une affirmation forte, qui traduit la volonté de regarder la réalité en face plutôt que de la minimiser.

Le message est d’autant plus significatif qu’il ne cible pas uniquement les fonctionnaires de police. Il interpelle également les citoyens. En invitant les usagers à refuser toute transaction illégale et à privilégier les procédures prévues par la loi, le Directeur général rappelle que la corruption prospère souvent sur une responsabilité partagée. Tant que certains agents continueront à solliciter des paiements illicites et que certains usagers accepteront d’y céder pour éviter une procédure régulière, le cercle vicieux aura du mal à être brisé.

Mais cette fois, le discours ne s’arrête pas aux appels à la moralisation. Il s’accompagne d’annonces précises. Procédures disciplinaires, poursuites pénales, dénonciations via les numéros verts, contrôles internes et externes, responsabilité des chefs d’unités et sanctions annoncées contre les récidivistes : la hiérarchie policière affiche clairement son intention de passer des avertissements aux actes.

L’engagement pris de sanctionner également les responsables d’unités dont les services seraient régulièrement épinglés constitue un autre signal fort. Il traduit une approche qui ne limite plus la responsabilité aux seuls agents pris en faute, mais l’étend désormais au commandement. Une manière d’affirmer que la lutte contre le rançonnement devient une exigence de toute la chaîne hiérarchique.

Toutefois, la véritable épreuve commence maintenant. Les Béninois ont déjà entendu, au fil des années, plusieurs appels à l’intégrité et à la probité. Ce qu’ils attendent désormais, ce sont des résultats visibles. Les sanctions annoncées devront être effectives, transparentes et appliquées sans distinction de grade ni de fonction. C’est à cette condition que la confiance pourra progressivement être restaurée.

La Police républicaine affirme vouloir être une police communautaire, fondée sur la proximité avec les populations. Une telle ambition est difficilement compatible avec des pratiques de rançonnement qui nourrissent la méfiance, fragilisent l’autorité de l’État et ternissent le travail de la grande majorité des policiers qui accomplissent leur mission avec professionnalisme.

En lançant cet appel sans équivoque, Brice Kokou Allowanou engage désormais toute son institution. Son discours crée une attente forte. Les citoyens sont invités à dénoncer. Les policiers sont appelés à rompre avec les mauvaises pratiques. La hiérarchie promet des sanctions. Reste à transformer ces engagements en réalités concrètes.

Car au-delà des mots, c’est sur les routes, aux postes de contrôle et dans le comportement quotidien des agents que se gagnera ou se perdra cette bataille. Si les actes suivent les annonces, cette sortie pourrait marquer un véritable tournant dans la lutte contre le rançonnement. Dans le cas contraire, elle risque de rejoindre la longue liste des promesses que les usagers auront fini par écouter sans plus y croire.

La Rédaction

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