À un an de son 80ᵉ anniversaire, l’Église du Christianisme Céleste (ECC) se trouve à un tournant important de son histoire. Près de huit décennies après sa fondation par le prophète Samuel Biléou Joseph Oschoffa, quel bilan peut-on dresser de son parcours et quelles perspectives s’offrent à elle ? À travers ce dossier, Éveil Info explore l’héritage spirituel de l’Église, ses acquis, les défis qui freinent son unité et les attentes de ses responsables et fidèles pour l’avenir. Entre préservation des valeurs fondatrices, nécessité de réconciliation et ambition de renforcer les œuvres sociales, cette réflexion interroge la capacité de l’ECC à faire de son histoire un socle pour une nouvelle étape de son développement.
Les 79 ans de l’Église du Christianisme Céleste ne constituent pas seulement une occasion de revenir sur son histoire et son expansion au-delà du Bénin. Ils offrent également un moment de réflexion sur les défis qui conditionnent son avenir. Fondée en 1947 par le prophète Samuel Biléou Joseph Oschoffa, l’ECC a connu une expansion internationale, tout en traversant des crises et des divisions qui continuent de nourrir les débats sur sa gouvernance et son unité.
Quatre voix apportent leur éclairage sur ces enjeux. Le Suprême Évangéliste Jean Euloge Gabriel Adetona, Secrétaire général de la paroisse Ebénézer de Mênontin Centre à Cotonou, appelle à préparer la jeune génération et à faire de l’unité un témoignage de foi. Le Senior Leader Gnantonnou Wilfried, Secrétaire général de la paroisse Salem SBJ Oschoffa à Parakou, met directement en cause le poids des intérêts personnels dans les difficultés du rapprochement. La Vénérable Supérieure Maman Djossou Codo Laetitia B. L., fidèle de la paroisse d’Akossombo, choriste et encadreuse des enfants « Amis de Jésus », propose une lecture historique, sociologique et spirituelle de l’évolution de l’Église. Enfin, le Suprême Évangéliste Euloge Ogou, responsable de la paroisse Jéhovah Jiré de Dokparou Est à Parakou, insiste sur l’amour, la réorganisation administrative et financière ainsi que le développement des initiatives sociales.

Au-delà de leurs sensibilités respectives, leurs interventions posent une question essentielle : que doit changer l’ECC pour que son héritage spirituel, son organisation et sa présence internationale servent davantage les générations actuelles et futures ?
L’unification, le défi qui engage l’avenir de l’ECC
La question du rapprochement entre les différentes composantes de l’Église occupe une place importante dans les interventions. Pour le Senior Leader Gnantonnou Wilfried, l’unification ne relève pas d’une simple ambition institutionnelle. Elle constitue une nécessité pour la cohérence de la vie ecclésiale et l’harmonisation des pratiques.
« L’unification de notre église est indispensable car rien d’intéressant ne se fait dans le désordre. L’harmonisation des pratiques spirituelles au sein de l’ église permettra d’éviter ‘assez de dérives constatées aujourd’hui au sein de l’église », affirme-t-il.
Le responsable paroissial estime que les intérêts personnels représentent un obstacle majeur au processus. Il formule son diagnostic sans détour : « A mon humble avis, le seul motif qui fait obstacle à cette belle initiative de réunification est l’intérêt personnel et égoïste. En terme clair, c’est l’argent. Dès que cette réunification aboutira, beaucoup de devanciers vivront difficilement ».
Cette appréciation, qui relève de son analyse personnelle, traduit une préoccupation sur les intérêts matériels susceptibles d’influencer les positions des acteurs. Elle rejoint l’appel du Suprême Évangéliste Euloge Ogou à placer l’intérêt collectif au-dessus des considérations individuelles. Pour lui, l’héritage laissé aux générations futures doit guider les décisions présentes.
« Alors pour préserver l’esprit et la vision du prophète fondateur, notre papa, le très saint SBJ Oshofa, c’est la culture de l’amour, l’amour du prochain. Ça, c’est très important. Et que chacun de nous regarde l’intérêt général et l’héritage à laisser à la génération future. »

Le responsable de la paroisse Jéhovah Jiré insiste également sur la nécessité de dépasser les conflits d’intérêts : « Que cette guerre de l’intérêt personnel disparaisse et que nous nous préoccupions des fondamentaux de l’Église. Cela nous conduirait à l’unité de l’Église. »
Ces appels soulèvent une question de fond : comment passer de la volonté affichée de se rapprocher à une organisation commune capable de concilier les sensibilités, les pratiques et les attentes des fidèles ? Pour les intervenants, l’unité ne saurait se limiter à une déclaration de principe. Elle doit se traduire dans les relations entre les acteurs, dans les pratiques religieuses et dans la gestion de l’institution.
Consensus et concessions, les conditions d’un rapprochement durable
Sur les mécanismes susceptibles de favoriser une réconciliation, la Vénérable Supérieure Maman Djossou Codo Laetitia B. L. met en avant trois exigences : l’intérêt général, le consensus et la concession. Son approche consiste à considérer le rapprochement non comme une victoire d’un camp sur un autre, mais comme un compromis construit autour des besoins de l’Église et de ses fidèles.
« Pour réussir une unification entre deux parties en litige, à notre avis, il faut trois choses : l’intérêt général des deux parties, le consensus et la concession. Le consensus, c’est l’accord du plus grand nombre. La concession, c’est le fait de concéder comme un privilège à l’une ou l’autre partie sur des bases clairement définies. En matière de concession, l’on accepte réciproquement de perdre au profit de l’autre. »
Elle résume cette exigence par une image : « Un proverbe dit : « À trop tirer la couverture de son côté, on finit par la déchirer. » Chacun doit bouger de sa zone de confort vers l’autre pour que le drap suffise à couvrir tout le monde. »
Pour cette fidèle, le critère décisif doit rester l’intérêt collectif : « En clair, l’intérêt général ici c’est ce que veut l’Église, c’est ce que les fidèles veulent et non, les désirs d’un individu ou d’un groupe. »
Au-delà des principes, elle identifie des mesures pratiques qui pourraient, selon elle, améliorer la cohérence de la vie ecclésiale. Elle cite notamment l’harmonisation des documents liturgiques et doctrinaux, une meilleure organisation administrative et la modernisation de la gestion financière.
Elle illustre l’enjeu de l’harmonisation des pratiques par un exemple précis : « Pour exemple, que l’heure et le déroulement du culte de 1er jeudi du mois soit les mêmes sur toutes les paroisses d’un même diocèse, (d’un même fuseau horaire) ».
Cette proposition traduit une attente de cohérence dans la pratique religieuse, sans effacer nécessairement toutes les particularités locales. La question de l’harmonisation doctrinale et liturgique apparaît ainsi comme l’un des chantiers concrets d’un éventuel rapprochement.

La Vénérable Supérieure appelle enfin les différentes sensibilités à ne pas perdre de vue la finalité de leur démarche : « Les partisans des différentes factions doivent arrêter de se tromper en pensant tromper le peuple de Dieu. Personne n’est dupe. Ils doivent abandonner leurs intérêts particuliers et égoïstes, accepter de faire des concessions et arriver à un consensus pour satisfaire à l’intérêt général. »
Pour le Senior Leader Gnantonnou Wilfried, le rappel est également spirituel. Il invite les responsables à agir conformément aux principes qu’ils enseignent aux fidèles : « Les responsables religieux doivent être dotés d’un esprit de sagesse et foi en Dieu. Si la foi en Dieu était basée sur la crainte de Dieu comme nous le prêchons partout, et que cela était observée par tous, nous n’en serions pas là aujourd’hui. »
Il avertit que l’échec du rapprochement aurait une portée qui dépasserait les responsables actuels : « Les responsables religieux doivent donc changer leur fusil d’épaule et savoir que si cette réunification échoue alors, ils auraient échoué devant la mission que Dieu leur a confiée ».
Des avancées évoquées, mais une unité encore attendue
Si l’unification reste un objectif, certaines initiatives de rapprochement sont évoquées par les intervenants. Maman Djossou Codo Laetitia B. L. indique que le processus a connu une évolution institutionnelle qu’elle présente comme porteuse d’espoir. Dans son analyse, elle mentionne l’intervention du gouvernement béninois et la mise en place du Conseil supérieur de transition (CST), devenu Conseil supérieur de mise en œuvre (CSMO).
« Grâce à Dieu, ladite crise est en cours de résolution depuis l’an passé (2025) avec l’intervention du Gouvernement du Bénin et la mise en place du Conseil Supérieur de Transition (CST) devenu Conseil Supérieur de Mise Œuvre (CSMO). »
Cette appréciation témoigne de son espoir quant à l’évolution du processus. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les difficultés sont résolues ni que l’unification est achevée. Le rapprochement demeure un objectif à concrétiser.
Euloge Ogou partage cette espérance. Il évoque des rencontres entre les deux pays qu’il présente comme centraux dans l’histoire de l’Église : le Bénin, terre de naissance de l’ECC, et le Nigeria, où le prophète fondateur a passé ses derniers jours et a été inhumé.
« Déjà qu’il y a des essais de rencontres où les deux grands géants : le Bénin, berceau de l’Église, le Nigeria, le géant, où le révérend pasteur est enseveli, se retrouvent à table pour parler de l’unité. »
Le responsable paroissial croit à une issue favorable, qu’il exprime dans un registre de foi : « Nous avons beaucoup d’espoir. Dieu lui-même se chargera. L’Esprit de Dieu habitera en chacun de ces acteurs afin de pouvoir conduire ce processus jusqu’à son terme. Et cela donnera gloire à l’Éternel. »
Ces propos expriment une confiance dans l’aboutissement du processus. Ils mettent aussi en évidence l’attente d’une traduction concrète des démarches engagées, dans un contexte où les fidèles interrogés insistent sur les concessions, le dialogue et l’intérêt général.
La jeunesse, héritière des divisions et actrice de la réconciliation
L’avenir de l’ECC se joue également dans sa capacité à transmettre son histoire et ses valeurs aux nouvelles générations. Le Suprême Évangéliste Jean Euloge Gabriel Adetona considère que les jeunes ne doivent pas être réduits au rôle de simples spectateurs de l’évolution de l’Église.
« La jeune génération ne doit pas être spectatrice de l’histoire de l’Église ; elle doit en être l’artisane », affirme-t-il, en s’appuyant sur le passage biblique de 1 Timothée 4:12.
Pour lui, leur contribution doit être à la fois spirituelle et pratique, dans la prière, le chant, l’évangélisation et le service paroissial. Il estime cependant que cette participation suppose un accompagnement des aînés, notamment par la formation doctrinale et liturgique, ainsi que par la transmission progressive des responsabilités.
« Il appartient aux aînés de les former à la doctrine et à la liturgie, de leur confier progressivement des responsabilités, et de les accompagner avec patience. En retour, les jeunes apportent leurs savoirs, leur énergie et leur maîtrise des outils de notre temps. C’est dans cette alliance des générations que se bâtira l’ECC de demain. »
Mais cette transmission se déroule dans un contexte où les divisions constituent une source d’interrogation pour une partie de la jeunesse. Le Suprême Évangéliste Adetona affirme percevoir chez les jeunes de l’incompréhension et de la douleur face à des séparations dont ils ne connaissent pas toujours les origines.
« Leur question est simple et juste : pourquoi les enfants d’une même vision ne peuvent-ils pas s’asseoir à la même table ? Certains se découragent, d’autres s’éloignent. Ce sont des âmes que nous avons le devoir de retenir. »
Il refuse cependant de considérer le regard critique des jeunes comme un reproche à leur adresser. Il y voit plutôt une invitation faite aux responsables à examiner leurs propres pratiques. Il souligne également les initiatives de rapprochement déjà observées chez certains jeunes, qui se rencontrent, prient et s’entraident au-delà des appartenances.
« Leur soif d’unité est une bénédiction pour l’Église », conclut-il sur ce point.
La Vénérable Supérieure Maman Djossou Codo Laetitia B. L. apporte une nuance à cette analyse. Selon son observation, les divisions ne se traduisent pas nécessairement par des restrictions à la pratique religieuse des jeunes. Elle estime que les choristes et les instrumentistes figurent parmi les fidèles les plus mobiles entre les paroisses.
« Selon nous donc, les nouvelles générations vivent librement leur foi sans contraintes partisanes », affirme-t-elle.
Elle reconnaît néanmoins que des tensions peuvent affecter les familles lorsque leurs membres se retrouvent dans des sensibilités différentes. Ces deux regards ne décrivent donc pas exactement la même expérience : l’un insiste sur l’incompréhension et le découragement que les divisions peuvent provoquer, tandis que l’autre souligne la liberté de fréquentation des paroisses et la capacité de certains jeunes à dépasser les clivages.
Leurs interventions montrent que la question de la jeunesse ne peut être réduite à une seule réalité. Elle concerne à la fois la transmission de la foi, la participation aux responsabilités, la mobilité entre les paroisses et la manière dont les nouvelles générations perçoivent les différends hérités du passé.
Un héritage spirituel à transmettre sans oublier les épreuves
Pour préparer l’avenir, Jean Euloge Gabriel Adetona invite également à revenir sur les enseignements de l’histoire de l’ECC. Il cite d’abord l’humilité des origines, en rappelant que l’Église est née en 1947 à Porto-Novo autour du prophète fondateur.
Il insiste ensuite sur la sainteté, la fidélité à la Bible et le discernement dans l’exercice des dons spirituels. À ses yeux, les pratiques religieuses ne doivent pas être réduites à des formes extérieures.
« Pieds nus dans le sanctuaire, la soutane blanche, la prière et le jeûne ne sont pas de simples formes : ils rappellent que l’on se présente devant Dieu avec un cœur purifié », souligne-t-il.
Il évoque également les divisions comme une leçon sur les conséquences de l’orgueil et de l’ambition, tout en saluant les fidèles qui ont conservé leur foi pendant les périodes difficiles.
Son témoignage personnel donne une dimension particulière à son intervention. Il indique avoir reçu le baptême en juin 1968, à la paroisse Sainte-Rita de Cotonou, des mains du prophète fondateur Samuel Biléou Joseph Oschoffa. Il se présente ainsi comme un témoin de l’histoire de l’Église, mais aussi comme l’héritier d’une mémoire familiale liée à son père, le regretté pasteur Apollinaire Adétonah, auteur de la brochure Lumière sur l’Église du Christianisme Céleste.

La Vénérable Supérieure Maman Djossou Codo Laetitia B. L., qui dit être fidèle depuis les années 1960-1970, revient pour sa part sur les persécutions religieuses vécues par les fidèles, notamment pendant la période révolutionnaire au Bénin. Elle témoigne des humiliations et des stigmatisations subies par certains chrétiens célestes en raison de leur tenue de prière.
Elle relate également un épisode vécu à la paroisse Saint Daniel d’Akossombo lors de la fermeture générale de l’Église en 1981. Son récit fait état d’un incident impliquant un militaire venu avec les autorités locales pour procéder à la fermeture du lieu de culte. Il s’agit d’un souvenir personnel qu’elle interprète comme une manifestation de la protection divine.
Au-delà de cet épisode, elle rappelle que l’ECC a traversé des périodes difficiles avant de poursuivre son expansion. Elle considère que cette histoire doit être connue des nouvelles générations, afin qu’elles comprennent les épreuves traversées par les fidèles et la place qu’occupe leur engagement dans la mémoire collective de l’Église.
Son analyse aborde aussi la place des femmes dans la vie ecclésiale. Elle estime que leur rôle spirituel et leur contribution à la vie des paroisses doivent être reconnus, tout en distinguant les prescriptions religieuses des pesanteurs socioculturelles qu’elle considère comme responsables de certaines formes de subordination.
Cette lecture met en avant un autre enjeu de l’avenir de l’ECC : la transmission de son histoire ne concerne pas seulement ses doctrines et ses pratiques, mais également les expériences des fidèles, la place des femmes et la manière dont les épreuves passées sont racontées aux générations suivantes.
Au-delà de la foi, le défi de la gouvernance et des œuvres sociales
La réconciliation ne constitue pas le seul chantier identifié par les personnes interrogées. Euloge Ogou appelle à une réorganisation de la gestion administrative et financière de l’Église, qu’il considère comme une condition du développement de projets sociaux et éducatifs.
« En termes de défi pour l’Église du Christianisme céleste, c’est le défi à relever, soit à l’image de ce que nous, nous voyons dans les autres Églises évangéliques, Églises catholiques, les Églises protestantes qui ont des écoles, création des écoles, création des centres de formation pour davantage scolariser les enfants des fidèles de l’Église céleste. »
Pour lui, ces infrastructures pourraient contribuer à la formation, à la scolarisation et à l’insertion professionnelle des fidèles. Il évoque également des initiatives entrepreneuriales qui pourraient favoriser l’auto-emploi au sein des paroisses, des régions et des sous-régions.
Il précise toutefois que ces ambitions nécessitent une organisation plus solide : « Ça permettra à l’Église de se projeter dans le futur, de faire des créations, des projets de formation, de scolarisation. »
Le responsable estime que certaines initiatives existent déjà, mais qu’elles restent insuffisamment structurées à l’échelle de l’Église. Il souligne la nécessité de renforcer les mécanismes administratifs et financiers afin de donner davantage de continuité aux projets.
Cette préoccupation rejoint, sous un autre angle, les propositions de Maman Djossou Codo Laetitia B. L., qui appelle à moderniser la gestion financière et à restructurer l’administration. Pour elle, une organisation plus cohérente contribuerait au rayonnement de l’Église et à une meilleure harmonisation de ses pratiques.
Les deux interventions mettent ainsi en évidence une dimension institutionnelle de l’unification : au-delà des différends, le rapprochement est aussi envisagé comme une occasion de renforcer la capacité de l’ECC à former ses responsables, à accompagner les fidèles et à développer des œuvres sociales.
L’enjeu est de savoir comment transformer ces propositions en projets durables, dotés d’une organisation claire et de moyens adaptés. Les témoignages expriment des attentes et des orientations, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un état des lieux exhaustif des initiatives déjà menées dans toutes les paroisses.
Les femmes, une force de rapprochement à mobiliser
La contribution des femmes au processus d’unification constitue un autre volet du témoignage de Maman Djossou Codo Laetitia B. L. Pour elle, leur influence dans les familles et les communautés peut favoriser le dialogue, l’apaisement et la transmission des valeurs religieuses.
Elle estime que les femmes disposent d’une capacité d’influence qui peut être mobilisée au service de la réconciliation. Dans sa perspective, leur rôle ne se limite pas à la vie domestique ou à l’encadrement des enfants : elles peuvent également participer à la formation des opinions et à la prévention des tensions.
Elle formule cette attente en ces termes : « Il serait judicieux que les femmes, depuis la sphère familiale jusqu’à l’espace publique, utilisent ces potentiels pour convertir les velléités malfaisantes en bonnes intentions, détourner les convoitises des hommes et apaiser les esprits belliqueux. »
Elle appelle aussi les femmes à jouer un rôle d’exemplarité dans la transmission des pratiques religieuses et dans la vie quotidienne des familles. Cette contribution, selon elle, doit s’inscrire dans une démarche plus large où l’intérêt de l’Église prime sur les intérêts particuliers.
Son intervention rappelle ainsi que l’unification ne dépend pas seulement des discussions entre responsables. Elle se construit également dans les relations quotidiennes, dans les familles, dans les paroisses et dans les comportements des fidèles.
Vers le centenaire de 2047, quel avenir pour l’Église ?
À l’horizon des prochaines décennies, Jean Euloge Gabriel Adetona imagine une Église réconciliée, mieux organisée et capable de renforcer son rayonnement. Il projette cette perspective vers le centenaire de l’ECC en 2047.
« Je vois une Église réconciliée qui s’avance avec confiance vers son centenaire, en 2047 », affirme-t-il.
Il souhaite une gouvernance transparente, des structures de formation pour les responsables religieux, une doctrine enseignée avec fidélité et une présence renforcée au Bénin, au Nigeria et dans la diaspora. Il évoque également le développement des œuvres sociales, des écoles et du soutien aux personnes vulnérables.
Cette vision reste conditionnée, selon lui, par la patience, le pardon et la prière. Il rappelle que l’unité ne peut être imposée uniquement par des textes ou des décisions institutionnelles : elle doit également s’enraciner dans les cœurs et se traduire dans les relations entre les fidèles.
De son côté, Euloge Ogou exprime sa confiance dans l’aboutissement du processus d’unification, tandis que Gnantonnou Wilfried exhorte les différentes parties à renoncer aux intérêts personnels. Maman Djossou Codo Laetitia B. L. insiste, quant à elle, sur l’importance du consensus et des concessions réciproques.
Les quatre interventions convergent ainsi vers une même exigence : l’avenir de l’ECC ne peut être pensé indépendamment de sa capacité à surmonter ses divisions, à transmettre son héritage et à renforcer son organisation. Les approches diffèrent, mais les attentes exprimées concernent autant la gouvernance que la vie spirituelle et la place des générations futures.
À 79 ans, l’Église du Christianisme Céleste se trouve devant un rendez-vous symbolique avec son histoire. Le centenaire de 2047 se profile déjà comme un horizon de réflexion. Pour les personnes interrogées par Éveil Info, la question n’est pas seulement de savoir quelle place l’Église occupera dans le monde chrétien, mais aussi ce qu’elle aura réussi à construire en matière d’unité, de transmission et de service.
Le Suprême Évangéliste Jean Euloge Gabriel Adetona résume son souhait en citant le Psaume 133:1 : « Voici, oh ! qu’il est agréable, qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble ! »
Un souhait spirituel qui, au-delà de sa portée religieuse, pose aux responsables de l’ECC une question concrète : quelles concessions et quelles réformes seront nécessaires pour que l’unité espérée se traduise durablement dans la vie de l’Église ?
Patrice BIAOU

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