BÉNIN POLITIQUE : L’âge d’or des partis face aux transhumants

Il fut un temps où les hommes valaient plus que les partis. Ils pouvaient claquer la porte d’une formation, rejoindre une autre ou créer leur propre mouvement, sans qu’aucune sanction ne vienne freiner leur élan. Cette époque semble désormais révolue. Aujourd’hui, le rapport de force s’est inversé : la puissance s’est déplacée vers les partis politiques, qui imposent désormais discipline et loyauté.

La réforme du système partisan, adoptée en 2018, a profondément changé les règles du jeu. Avec la nouvelle charte des partis politiques et le code électoral, la transhumance, longtemps tolérée, est devenue synonyme de sanction. Les élus qui désertent leur formation en cours de mandat s’exposent désormais à perdre leur siège. La récente actualité de Kandi en est une illustration. Des conseillers municipaux ayant quitté leur parti ont tout simplement été destitués. Hier, un tel geste aurait été anodin, presque banal dans l’arène politique béninoise. Aujourd’hui, il entraîne une perte immédiate de mandat et redessine le visage des conseils communaux.

Cet état de fait marque un tournant. Les partis politiques, longtemps considérés comme de simples tremplins électoraux pour les leaders, acquièrent désormais le statut d’institutions incontournables. Ils fixent les règles, encadrent leurs membres et rappellent que le mandat électif n’est pas un bien personnel mais un mandat obtenu grâce à l’étiquette portée. La transhumance, autrefois synonyme de stratégie de survie, devient aujourd’hui une aventure risquée. Ce basculement traduit une certaine maturité du jeu démocratique béninois, où la stabilité et la cohérence des formations politiques prennent enfin le dessus sur l’instabilité chronique.

Toutefois, tout n’est pas parfait. Si la loi renforce la discipline partisane, elle pose aussi de nouveaux défis. Certains dénoncent un risque d’hyper-centralisation du pouvoir entre les mains des directions nationales, réduisant la marge de manœuvre des élus locaux. D’autres estiment que la vitalité démocratique pourrait s’en trouver amoindrie si l’on empêche toute contestation interne par la menace de la destitution. En outre, la discipline imposée ne garantit pas nécessairement la démocratie à l’intérieur des partis. Beaucoup restent encore structurés autour de figures charismatiques, où le débat contradictoire peine à trouver sa place.

Quoi qu’il en soit, une chose est claire : l’âge d’or des partis politiques est bel et bien là. La force s’est déplacée des hommes vers les formations, et la transhumance jadis triomphante vit ses dernières heures. Le cas de Kandi en est la preuve vivante. Mais pour que cette avancée profite réellement à la démocratie béninoise, il faudra encore veiller à équilibrer discipline et pluralisme, stabilité et ouverture. L’histoire politique du Bénin s’écrit désormais à travers les partis. Aux acteurs de savoir en faire des instruments au service du peuple et non des coquilles vides au service de quelques-uns.

Patrice BIAOU

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