Avec une enveloppe de 4 757,029 milliards de FCFA, le premier projet de budget porté sous la présidence de Romuald Wadagni affiche une ambition sociale renforcée. Près de 1 600 milliards de FCFA sont annoncés pour les dépenses à sensibilité sociale, en hausse de plus de 24 % par rapport à 2026. Au-delà des chiffres, cette orientation place la question du bien-être des populations au cœur des premières grandes décisions budgétaires du nouveau pouvoir.
Le premier budget d’un mandat n’est jamais un simple exercice comptable. Il constitue aussi un indicateur des priorités que le pouvoir entend inscrire dans la durée. Pour Romuald Wadagni, le projet de loi de finances 2027, transmis à l’Assemblée nationale pour examen et vote, donne un premier aperçu de la direction choisie. Équilibré en ressources et en charges à 4 757,029 milliards de FCFA, contre 4 148,357 milliards pour la loi de finances rectificative de 2026, il marque une progression de 14,7 %. Mais c’est surtout la place annoncée pour les dépenses sociales qui retient l’attention.
L’enveloppe consacrée aux dépenses à sensibilité sociale passe de 1 285,37 milliards de FCFA en 2026 à 1 597,533 milliards en 2027. Cela représente une augmentation de plus de 312 milliards de FCFA, soit environ 24,3 %. L’effort projeté en faveur du social progresse ainsi plus rapidement que le budget global. Ce choix donne du poids à l’objectif affiché par le gouvernement de poursuivre la réduction de l’extrême pauvreté et de favoriser un développement plus inclusif. Il reste toutefois à observer comment ces crédits seront mobilisés et quelles améliorations concrètes ils permettront d’obtenir sur le terrain.
Dans les mesures annoncées, plusieurs dispositifs touchent directement les familles. Le gouvernement prévoit de poursuivre et d’étendre le programme Assurance pour le renforcement du capital humain (ARCH), de généraliser la gratuité des frais de scolarité des filles dans l’enseignement secondaire général et technique et de poursuivre l’extension des cantines scolaires. Le programme GBESSOKÉ doit également être consolidé, notamment à travers des transferts monétaires destinés aux ménages en situation d’extrême pauvreté pour soutenir leurs activités génératrices de revenus. La mise en place d’une plateforme nationale des prestations sociales et l’institutionnalisation d’un service d’aide sociale d’urgence figurent aussi parmi les orientations retenues.
La santé et l’éducation occupent une place importante dans cette architecture budgétaire. Le projet prévoit notamment la construction de cinq hôpitaux de zone, la réhabilitation et l’équipement d’établissements sanitaires, ainsi que le renforcement de la prise en charge des urgences vitales. La vaccination des enfants, la lutte contre le paludisme et la santé maternelle font également partie des domaines ciblés. Dans l’enseignement, la poursuite de la construction et de la réhabilitation des lycées, l’amélioration des infrastructures universitaires et l’équipement des établissements scolaires figurent parmi les actions annoncées. Autant d’investissements dont la portée sociale dépendra de leur réalisation effective et de leur capacité à améliorer l’accès aux services essentiels.
Cette orientation prend un relief particulier dans un contexte où le coût de la vie reste une préoccupation pour de nombreux ménages. La récente hausse du prix de l’essence à la pompe, passé à 750 FCFA le litre, et du gasoil, désormais à 765 FCFA, rappelle la sensibilité du pouvoir d’achat aux dépenses quotidiennes. Si le projet de budget ne constitue pas, à lui seul, une réponse directe à cette hausse, les choix opérés en matière de protection sociale, de santé, d’éducation et de soutien aux ménages les plus vulnérables seront déterminants pour apprécier la portée sociale de l’action publique. La proximité d’un pouvoir avec sa population se mesure aussi à sa capacité à prendre en compte ces réalités.
Pour financer cette ambition, le gouvernement entend également s’appuyer sur la modernisation de l’agriculture, la promotion industrielle, le tourisme et la culture, l’innovation technologique et le renforcement du capital humain. Il table sur une croissance économique de 7,5 % en 2027, avec un déficit budgétaire projeté à 2,8 % du produit intérieur brut. L’enjeu est de soutenir la création de richesses tout en consolidant les mécanismes de solidarité et l’accès aux services sociaux de base. Car une croissance durable ne se résume pas à la progression des indicateurs économiques : elle doit aussi se traduire par des possibilités accrues d’emploi, de meilleures conditions de vie et des perspectives plus solides pour les familles.
Avec ce premier projet de budget, Romuald Wadagni affiche donc une ambition sociale qui se lit autant dans le volume des crédits annoncés que dans les dispositifs appelés à les accompagner. Le texte doit encore franchir l’étape de l’examen parlementaire. Ensuite viendra l’épreuve de l’exécution, celle qui permettra de mesurer la traduction des milliards annoncés dans la vie quotidienne des Béninois.
Patrice BIAOU
