Richard Boni Ouorou, figure intellectuelle du débat public béninois, s’interroge sur l’opportunité et les limites du cadre de concertation récemment initié par l’opposition. S’il reconnaît l’importance du dialogue, il critique un processus qu’il perçoit comme politicien et dénué de véritables fondations idéologiques. Pour lui, ce cadre devrait incarner une plateforme de débat sur les projets de société et les visions politiques, plutôt qu’un exercice stérile de positionnement partisan.
José Pascaël AGBO
Richard Boni Ouorou accueille l’idée d’un cadre de concertation avec réserve. Pour lui, ce mécanisme pourrait, dans un contexte idéal, incarner un espace où les partis débattent, confrontent leurs visions et proposent une véritable alternative au pouvoir en place. Mais il déplore la tournure actuelle de l’initiative, qu’il perçoit comme une démarche purement politicienne. « Je désapprouve le cadre tel que je le perçois dans ses intentions politiciennes », affirme-t-il, expliquant que cette approche va à l’encontre de ses positions idéologiques et de ses engagements dans le débat public. Pour Ouorou, le problème est structurel : la politique béninoise manque de repères idéologiques solides. « Les structures partisanes béninoises sont difficilement classifiable dans les descriptions classiques des idéologies politiques », observe-t-il, dénonçant un vide intellectuel qui affaiblit le débat public.
Ce déficit d’idéologie est, selon lui, une anomalie dans un pays qui, au lendemain de la Conférence nationale, comptait des partis revendiquant des orientations claires. Il cite le Parti Communiste du Bénin (PCB), le Parti Social-Démocrate (PSD) et la Renaissance du Bénin (RB) comme exemples de formations autrefois ancrées dans des visions idéologiques cohérentes. Mais aujourd’hui, ces repères semblent avoir disparu, rendant toute concertation dépourvue de fondements solides.
Des alliances politiques sans vision d’ensemble
Au-delà du cadre de concertation, Ouorou critique plus largement la dynamique politique du Bénin, dominée par des alliances opportunistes. Depuis la Conférence nationale, les présidents élus l’ont été grâce à des coalitions hétéroclites, motivées davantage par la conquête du pouvoir que par des projets de société.
« Les alliances au Bénin sont des coalitions de circonstance, motivées par la conquête et la gestion du pouvoir », déclare-t-il, rappelant les exemples de Nicéphore Soglo en 1991, de Mathieu Kérékou en 1996, de Yayi Boni en 2006 et de Patrice Talon en 2016. Ces victoires reposaient sur des mobilisations ponctuelles, sans véritable cohérence idéologique.
Cette logique politicienne, analyse-t-il, relègue les débats sur le développement au second plan. Elle réduit la politique à une confrontation binaire entre opposition et mouvance, vidée de toute réflexion sur des projets de société. « La politique est comprise chez nous comme une simplissime conception opposition contre mouvance », regrette-t-il, estimant que cette approche appauvrit le débat public et fausse la perception des citoyens.
Un appel à recentrer la politique sur les idées
Pour Richard Boni Ouorou, le cadre de concertation ne doit pas se transformer en une arène politicienne stérile. Il appelle les acteurs politiques à recentrer leurs efforts sur l’essentiel : débattre de visions de société cohérentes et définir des solutions concrètes aux défis du pays.
« Il s’agit de confronter les points de vue, d’identifier les valeurs communes et de chercher des compromis », explique-t-il, insistant sur l’importance de replacer les aspirations des populations au cœur des discussions. Il prévient également contre la tentation de concentrer les débats sur le système électoral. Selon lui, l’histoire a montré que plusieurs chefs d’État béninois ont triomphé sans remettre en cause les règles du jeu, mais grâce à une organisation rigoureuse et une mobilisation efficace.
En outre, Ouorou voit dans ce cadre une opportunité exceptionnelle pour la classe politique de prouver qu’elle est à la hauteur des enjeux. « C’est l’occasion d’incarner de véritables hommes d’État, capables de répondre aux aspirations des citoyens », affirme-t-il.
Une question qui demeure
Pour Ouorou, le succès du cadre de concertation repose sur sa capacité à dépasser les querelles politiciennes. Faute de quoi, il risque de renforcer la défiance des citoyens envers la classe politique. Sa question, en guise de mise en garde, reste donc ouverte : « Quel cadre de concertation ? »
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