Il y a des déclarations qui surprennent par leur audace, et d’autres qui étonnent par leur excès. Celle du député Dakpè Sossou appartient sans doute à la seconde catégorie. À l’occasion de la cérémonie d’investiture du duo présidentiel Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata, le parlementaire de l’Union Progressiste le Renouveau a jugé utile de formuler un vœu aussi inattendu que déconcertant : il a demandé à l’ancien président Boni Yayi, chef du parti d’opposition Les Démocrates, de renoncer à présenter un candidat à la présidentielle de 2026. Le but ? Offrir, selon lui, une chance à un « fils du Mono » d’accéder à la magistrature suprême.
Derrière ce discours teinté de régionalisme assumé, se cache une lecture politique pour le moins troublante. En invitant un parti d’opposition à s’effacer pour laisser le champ libre à la mouvance présidentielle, Dakpè Sossou franchit une ligne symbolique : celle du respect du pluralisme démocratique. Car la compétition politique tire sa légitimité de la confrontation des projets et des idées. Souhaiter la disparition d’un adversaire électoral, fût-ce au nom d’un rêve régional, c’est affaiblir la démocratie au profit d’une vision tributaire d’intérêts locaux.
L’histoire récente du Bénin a pourtant démontré que la diversité politique, si elle est encadrée, demeure une richesse. La réforme du système partisan, initiée pour rationaliser la scène politique, n’a jamais visé à réduire l’opposition au silence. Or, l’appel du député du Mono semble aller bien au-delà du simple enthousiasme partisan : il traduit un zèle excessif, voire une confusion entre loyauté politique et abdication du bon sens.
Le patriotisme local, aussi sincère soit-il, ne saurait justifier une telle demande. La présidence de la République n’est pas un héritage départemental ni une récompense de fidélité. Elle résulte d’une compétition nationale où chaque citoyen, indépendamment de son origine, doit pouvoir aspirer à gouverner. Faire du Mono un argument électoral ne grandit pas la cause du développement régional ; cela la rapetisse à une quête identitaire sans vision collective.
En vérité, Dakpè Sossou semble avoir voulu bien faire, mais il en fait trop. Dans son zèle à prouver sa loyauté à la majorité, il finit par brouiller les frontières entre engagement et flagornerie politique. Le respect dû à Boni Yayi, qu’il invoque dans ses propos, aurait sans doute mérité une autre expression, celle d’un débat d’idées, pas d’une supplique publique.
La démocratie béninoise repose sur la concurrence loyale des forces politiques, non sur la mise à l’écart des contradicteurs. Que le député du Mono rêve de voir un fils de sa région accéder au pouvoir est légitime. Mais le vrai combat, pour y parvenir, devrait se mener dans les urnes, non dans les couloirs d’une complaisance politique. Car à force de confondre ferveur et zèle, certains acteurs risquent d’étouffer l’esprit même de la République qu’ils prétendent servir.
Patrice BIAOU
