Le Bénin regorge d’un patrimoine culturel très riche et varié. Cette diversité fait de lui un pays attractif, plein de mystère et de beauté. À l’instar du Egungun et du Oro, le Guèlèdè fait partie des héritages secrets qui rendent la culture béninoise unique et mystérieuse. En 2001, il a été proclamé patrimoine oral du Bénin et inscrit en 2008 par l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (Unesco) sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Encadreur culturel au CEG 1 de Savalou, Pierre Kpatidé Gnidehou, promoteur du Festival Guèlèdè des Collines et directeur de la Compagnie de Danse et de Théâtre Gansèlèko (CDTG), parle du Guèlèdè avec une équipe de la rédaction du quotidien Éveil Info.
Le Guèlèdè est une société secrète et fait partie des cinq sociétés à masques héritées des valeurs culturelles de la région Yoruba. « Il représente une société de masques, à la fois divinité et société secrète, caractérisée par des costumes spectaculaires, et est pratiqué par la communauté Yoruba-Nago au Bénin ». Ces masques, représentant des femmes, sont portés par des hommes. Comme toute autre divinité, les masques Guèlèdè sortent pour un but précis : résoudre des problèmes individuels, familiaux ou collectifs, comme les calamités naturelles. Leur sortie est plus fréquente dans les régions de Kétou, Pobè et Savè et est marquée par des chants, des rythmes et des danses.
La sortie des masques Guèlèdè vise à rendre hommage à la mère primordiale et au rôle des femmes dans l’organisation sociale et le développement de la société Yoruba. Elle est accompagnée de rythmes particuliers et spécifiques appelés « Bolodjo », exécutés le plus souvent par quatre tam-tams. Cela se produit à la fin des récoltes ou lors de certains événements importants au sein de la communauté comme les naissances, les décès, les mariages ou en cas de désastres comme la sécheresse, les épidémies et autres.
La sortie du Guèlèdè, loin d’être un simple événement rituel, consiste en une transmission ancestrale des valeurs culturelles et mystiques mêlant poésie, lyrisme, ironie, proverbes, panégyriques et autres. La confection des masques Guèlèdè est une particularité exceptionnelle. Ces masques, destinés au Guèlèdè, sont faits à l’image d’animaux comme le serpent et les oiseaux. Ils sont sculptés dans du bois blanc léger et habillés de divers costumes, tous liés à un Oricha (entités surnaturelles généralement considérées comme des divinités dans la religion yoruba en Afrique Occidentale bien qu’elles soient en réalité des émanations, ou des avatars, de l’être suprême Olodumare) Cependant, les masques seuls ne constituent pas le Guèlèdè. Ils ne représentent qu’une partie de cette tradition. Une seconde partie, plus spirituelle et plus secrète, est réservée aux initiés et ne peut être dévoilée aux non-initiés.
Sur les plans politique et administratif, le Guèlèdè rehausse l’image du Bénin et en fait une référence de marque. Il est très impactant, étant souvent sollicité lors des grands événements. De nombreuses autorités politico-administratives le préfèrent pour accueillir leurs homologues étrangers ou lors de grands moments événementiels.
Il est d’une importance capitale d’œuvrer pour son rayonnement car il incarne la femme, la reine mère, et la valorise par ricochet. Valoriser le Guèlèdè, c’est donc reconnaître la valeur et la place de nos mères dans la société. C’est rendre hommage aux actes de bravoure que nos mères accomplissent chaque jour dans l’organisation et le développement de la société béninoise. Il est urgent d’œuvrer encore plus pour sa valorisation, puisque pour l’instant, il est le seul masque béninois reconnu comme patrimoine de l’Unesco.
Germain ALOZE (Stagiaire)
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