En l’espace de 24 heures, deux décisions prises au sommet de l’État ont fait réagir les observateurs. D’abord, la reconduction d’une ministre déjà en fonction à la tête d’un second portefeuille ministériel, suite au décès de son collègue. Le lendemain, un préfet est nommé pour cumuler la gestion de deux départements à la fois.
Deux cas, un même schéma : le pouvoir reconduit les mêmes figures, ignore ostensiblement d’autres profils pourtant disponibles dans son propre camp.
Une question dérange alors s’impose : s’agit-il d’une stratégie maîtrisée de recentrage du pouvoir ou d’un signal inquiétant sur le manque de renouvellement au sein de la mouvance présidentielle ?
Concentration ou confiance absolue ?
Certains diront qu’il s’agit d’un réflexe de continuité. D’autres y verront un cercle restreint de fidèles, gérés en rotation fermée. Le cumul de fonctions peut se justifier ponctuellement, en attendant une nomination plus réfléchie. Mais à force de répétition, il devient symptôme.
Symptôme d’un pouvoir qui se referme sur lui-même ? D’un exécutif devenu frileux face à la nouveauté ? Ou pire encore : d’un réservoir politique interne devenu incapable de proposer des figures prêtes à assumer des responsabilités ?
Et pourtant, les soutiens ne manquent pas
C’est là que le paradoxe se creuse. La mouvance présidentielle n’a jamais été avare en fidélités affichées, en engagements publics, en cadres se réclamant du « Nouveau Départ ». Alors pourquoi, lorsque surgit un vide, le réflexe est-il toujours de concentrer plutôt que de redistribuer ?
La politique béninoise n’est pas en pénurie de compétences. Elle est peut-être en panne de confiance. Et si la prudence est compréhensible à certains niveaux, elle ne peut devenir la norme sans provoquer une asphyxie du renouvellement.
Pour la base militante, ces choix ne sont pas neutres. Ils renvoient une image : celle d’un système où l’ascenseur est à l’arrêt, où les portes sont verrouillées au sommet, et où l’on gère les crises internes non pas par injection de sang neuf, mais par repli sur les mêmes.
Le risque ? L’usure. La démobilisation silencieuse. La frustration dans les rangs. Et au-delà, l’oubli progressif d’un principe fondamental de toute gouvernance équilibrée : la préparation de la relève.
Il ne s’agit pas de contester la prérogative du chef de l’État, ni de nier la valeur des personnes désignées. Il s’agit de rappeler une évidence : le leadership s’entretient aussi par la capacité à faire émerger de nouvelles voix.
À trop s’appuyer sur un même noyau, on finit par croire que seul ce noyau détient le monopole du sérieux, de la loyauté, de la compétence. Et c’est là que le pouvoir s’enferme, malgré lui.
Alors faut-il y voir une stratégie ? Sans doute. Mais si stratégie il y a, elle mérite d’être interrogée à la lumière de l’avenir politique du pays. Car gouverner, ce n’est pas seulement tenir aujourd’hui. C’est préparer demain.
BKP
