Lundi 23 septembre 2024, les députés de la 9e législature ont procédé à la désignation des représentants de l’Assemblée nationale au Conseil économique et social (CES) du Bénin. Au total, 51 personnalités ont été nommées pour siéger à cette institution essentielle de la République, parmi lesquelles une majorité de figures bien connues de la scène politique nationale. Cette désignation vient une fois de plus mettre en lumière une réalité persistante : la jeunesse, pourtant pleine de potentiel, est mise en retrait au profit d’acteurs politiques plus anciens.
Alors que de nombreux jeunes béninois espéraient voir un renouveau et une ouverture de l’espace politique à la nouvelle génération, la majorité des personnes désignées sont des habitués de la sphère politique. On y retrouve d’anciens ministres, députés, voire des membres de la Cour constitutionnelle, ce qui soulève des interrogations sur la réelle volonté des décideurs de promouvoir un renouvellement du leadership au Bénin. Loin d’incarner un véritable changement, cette désignation semble plutôt perpétuer un système où les jeunes, pourtant dynamiques et engagés à la base, se retrouvent laissés sur le carreau.
Parmi les personnalités nommées, on retrouve des figures emblématiques telles que Razack Amouda Issifou, ancien président de la cour constitutionnelle et représentant l’Union progressiste le Renouveau (UPR) au plan national, ainsi que des noms bien établis comme Valentin Houde, ancien ministre, désigné pour l’Atlantique, ou encore Florentin Chaou, ancien député et désigné pour le Littoral. Plusieurs autres députés de la 8e législature dont Patrice NOBIME AGBODRANFO, Tidjani AFFO OBO, Zoumarou Wallis Mamoudou qui n’ont pas été réélus au terme des législatives de janvier 2023, sont également prise en compte dans cette liste de désignation des potentiels membres du CES. Ces acteurs, qui ont souvent été au cœur des décisions politiques majeures, continueront ainsi à influencer la direction du pays à travers le CES.
Cette continuité dans la désignation des représentants, bien qu’elle puisse être vue comme une reconnaissance de l’expérience, pose néanmoins la question de la place réservée aux jeunes dans les instances décisionnelles du pays. À une époque où le Bénin doit faire face à des défis économiques, sociaux et culturels de plus en plus complexes, beaucoup s’interrogent sur la capacité de ces anciens à porter de nouvelles idées ou à embrasser l’innovation nécessaire pour affronter ces enjeux.
De nombreux jeunes béninois, impliqués dans les mouvements associatifs, entrepreneurs dans des secteurs-clés de l’économie, ou encore leaders d’opinion sur les réseaux sociaux, se battent pour faire valoir leurs compétences et leurs idées. Pourtant, cette désignation des membres du CES est un coup dur pour eux, car elle renforce le sentiment que l’accès aux hautes sphères de décision reste un privilège réservé à une élite vieillissante. La nouvelle loi organique du CES, promulguée par le président Patrice Talon en juillet 2024, exige certes, que les membres soient des personnalités ayant contribué au développement du pays dans divers secteurs. Or, cette contribution ne devrait-elle pas inclure l’innovation, l’énergie et l’enthousiasme qu’apportent les jeunes ?
Cette désignation des nouveaux membres du CES pourrait être vue comme un symptôme plus large d’un système politique qui peine à se renouveler. Si la majorité des postes importants continuent d’être attribués à des figures politiques ayant déjà occupé des fonctions publiques pendant des décennies, comment espérer voir émerger un véritable changement ?
Le moment est peut-être venu pour les acteurs politiques de repenser leur stratégie en matière d’inclusion de la jeunesse. Une inclusion qui ne se limite pas à des discours ou à des promesses, mais qui se traduit par une réelle participation des jeunes aux prises de décisions. Car sans eux, le Bénin pourrait manquer une opportunité cruciale de rajeunir et de dynamiser ses institutions pour répondre aux défis d’un monde en constante évolution.
En attendant, cette désignation au CES est une preuve supplémentaire que la route vers un véritable renouvellement générationnel au Bénin est encore longue.
José Pascaël AGBO
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