DROIT À L’UNIVERSITÉ DE PARAKOU : Quand l’exigence académique frôle l’hémorragie silencieuse

C’est un chiffre qui a l’effet d’un séisme dans les couloirs de l’Université de Parakou : six admis sur 2 482 étudiants inscrits en première année de droit. L’annonce a d’abord été reçue comme une rumeur, tant elle paraissait improbable. Puis, elle a été confirmée. Et depuis, c’est le malaise. Un malaise diffus, tenace, et profondément révélateur des fractures silencieuses qui traversent l’enseignement supérieur.

À première vue, certains diront qu’il s’agit d’une exigence académique assumée. Le doyen de la faculté de droit, Moctar Adamou, le rappelle avec clarté : « Ce n’est plus le système traditionnel. Avec le LMD, il faut valider toutes les unités d’enseignement ». Une exigence que l’on ne peut balayer d’un revers de la main. Car l’université n’est pas un lieu de passage, c’est un sanctuaire de rigueur, de mérite et de formation solide.

Mais au-delà du principe, les chiffres interpellent sur le fond. Peut-on vraiment parler de rigueur, lorsqu’à l’issue d’une session, 99,75% des étudiants échouent ? Ne touche-t-on pas là les limites d’un modèle qui, à force de rechercher la pureté académique, oublie la réalité du terrain ? Une réalité où les étudiants sont souvent livrés à eux-mêmes, sans encadrement suffisant, avec des ressources pédagogiques limitées, et dans un environnement qui peine à les accompagner efficacement.

Loin d’un procès contre le corps enseignant ou l’institution, cette situation questionne plutôt la cohérence du dispositif dans son ensemble. Peut-on continuer à appliquer un système aussi rigide dans un contexte où beaucoup d’étudiants n’ont pas toujours le bagage ou l’accompagnement nécessaires dès le départ ? L’objectif n’est-il pas de former, d’évaluer, mais aussi de faire progresser ?

Il serait trop facile de conclure que les étudiants ne sont pas à la hauteur. Certains, c’est vrai, choisissent le droit par défaut, sans véritable vocation. Mais d’autres s’accrochent, travaillent, et se heurtent à un mur d’exigences sans filet. Dans tout système éducatif mature, l’excellence ne doit pas devenir une hémorragie. Elle doit être une élévation, une construction. Ici, elle ressemble parfois à une sélection par l’échec.

En arrière-plan, c’est aussi l’image de la filière droit à l’Université de Parakou qui vacille. Une filière autrefois prestigieuse, désormais perçue comme un couloir d’attente ou de sacrifice. Que restera-t-il de son attractivité dans les années à venir, si les résultats de la première session deviennent un repoussoir au lieu d’un tremplin ?

Il est temps, peut-être, de réévaluer le dispositif. Sans baisser les exigences. Mais en les rendant plus humaines, plus pédagogiques, plus adaptées au contexte. L’université n’a pas pour mission d’éliminer, mais de révéler, d’accompagner et d’élever. Ce drame silencieux de juin 2025 doit ouvrir une réflexion nationale sur l’orientation, l’encadrement et la manière dont on évalue réellement la compétence.

Car, derrière les chiffres, ce sont des parcours brisés, des espoirs mis en veille, et une jeunesse qui doute de sa place dans l’élite intellectuelle du pays. Et cela, aucun système, aussi bien pensé soit-il, ne peut s’en réjouir.

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