Ce qui devait être une démonstration internationale de solidarité avec le peuple palestinien s’est transformé en bras de fer diplomatique. Des dizaines de militants étrangers venus participer à la Global March to Gaza ont été expulsés d’Égypte, tandis que des centaines d’autres restent bloqués ou retenus par les autorités locales.
Selon les organisateurs, plus de 200 personnes, originaires de près de 80 pays, avaient convergé cette semaine vers l’Égypte pour marcher jusqu’au poste-frontière de Rafah, dans une tentative d’attirer l’attention mondiale sur le blocus de la bande de Gaza et la crise humanitaire qui y sévit. Mais l’initiative s’est heurtée à un mur administratif et sécuritaire.
« Ils ont été interpellés à leur hôtel ou retenus à l’aéroport du Caire », a déclaré Seif Abu Kishk, porte-parole du collectif organisateur, à l’AFP. Plusieurs sources aéroportuaires ont confirmé l’expulsion d’au moins 73 ressortissants étrangers ce jeudi, notamment vers Istanbul. Une centaine d’autres attendaient encore d’être réacheminés.
Dans une vidéo diffusée sur Instagram, des militants algériens expulsés ont scandé sur le tarmac : « Honte à vous, honte à vous, vous avez vendu Gaza pour des dollars ! »
Face aux critiques, les autorités égyptiennes invoquent un non-respect des procédures. Le ministère des Affaires étrangères a rappelé que toute visite dans la région de Rafah devait être préalablement coordonnée avec les ambassades ou les institutions gouvernementales compétentes. Pourtant, les organisateurs assurent avoir pris toutes les dispositions requises.
« Nous avons travaillé pendant deux mois avec les ambassades égyptiennes dans plus de 15 pays, ainsi qu’avec le ministère égyptien des Affaires étrangères. Chaque étape a été transparente », affirme le collectif dans un communiqué.
Parallèlement, le ministre israélien de la Défense a ordonné à l’armée de bloquer toute tentative d’entrée dans Gaza depuis l’Égypte, qualifiant la marche de « menace pour la sécurité d’Israël et de la région ».
Le point de passage de Rafah reste fermé du côté gazaoui. L’Égypte, tout en appelant à une pression internationale pour sa réouverture, maintient que toute action pro-palestinienne orchestrée par des délégations étrangères nécessite une autorisation formelle.
Malgré les entraves, le collectif maintient son engagement. Il affirme que la marche continue, et que « des milliers de participants sont déjà arrivés et prêts à se rendre à Arish, avant de poursuivre à pied vers Rafah ». Un autre convoi, la caravane Soumoud, partie de Tunisie, traverse actuellement la Libye en direction de Gaza, acclamée par des foules locales. L’administration de l’Est libyen a salué cette « initiative courageuse », tout en rappelant le strict respect des règles d’accès au territoire égyptien.
Pour les militants de la Global March, la détermination reste intacte. Ils veulent croire qu’au-delà des barrières, la voix des peuples peut encore peser dans la balance du droit et de la justice.
