Au lendemain de la réaction des autorités judiciaires togolaises dans la cadre de l’affaire Steve Amoussou, enlevé sur les terres togolaises puis qui s’est retrouvé dans les mains de la justice béninoise, tout semblait conduire vers une crise diplomatique. Cependant, quelques semaines plus tard, les deux pays affichent des relations sous de bonnes auspices. Les récentes déclarations des autorités béninoises et togolaises font état du maintien des liens diplomatiques forts entre les deux pays malgré les difficultés, comme quoi rien ne pourra ébranler la relation de ces pays dits « Frères ».
L’affaire de l’enlèvement de Steve Amoussou, a longtemps suscité des inquiétudes quant à l’impact sur les relations diplomatiques entre le Bénin et le Togo. Le 13 août 2024, la nouvelle de l’arrestation de Steve Amoussou, dit « Frère Hounvi », au Togo, avant son transfert vers la justice béninoise, a créé un véritable choc dans la région. Les réactions immédiates des autorités togolaises ont alimenté des spéculations sur une crise potentielle entre les deux pays, surtout après que la justice togolaise ait émis des mandats d’arrêt internationaux contre plusieurs Béninois accusés de cet enlèvement. Cependant, malgré cette tension apparente, les deux nations semblent avoir réussi à désamorcer la situation, comme le révèlent les récentes déclarations des deux gouvernements.
Le 25 août 2024, la réaction du procureur togolais Talaka Mawama, qui a dénoncé l’« enlèvement » de Steve Amoussou comme une violation du droit international, a jeté une première ombre sur les relations bilatérales. En réponse, le gouvernement béninois a rapidement mis en place une procédure judiciaire pour juger les responsables présumés, dont certains sont liés à l’administration Talon. La situation semblait prête à dégénérer en un affrontement diplomatique, d’autant plus que l’affaire mettait en lumière des tensions internes au Bénin et au Togo, sur fond de gouvernance autoritaire et de liberté d’expression.
Cependant, contre toute attente, les autorités des deux pays ont vite réagi pour calmer la situation. Le secrétaire général du gouvernement togolais, Christian Eninam Trimua, a assuré que l’affaire n’aurait pas d’impact durable sur les relations entre les deux nations. Lors d’une interview à la fin octobre 2024, Trimua a évoqué la « bonne entente » entre les autorités béninoises et togolaises, précisant que les deux pays avaient échangé de manière « transparente » sur la procédure judiciaire en cours. Selon lui, l’incident de l’enlèvement a été « regrettable », mais n’a pas affecté les liens diplomatiques entre les deux pays, qui restent « excellents ». Cette position a été corroborée par le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, qui a affirmé que la situation était désormais « sous contrôle », et que les relations entre le Bénin et le Togo n’avaient pas changé.
En dépit de ces assurances, des questions demeurent quant à l’avenir de la coopération judiciaire entre les deux pays. Le mandat d’arrêt international lancé par le Togo contre les Béninois impliqués dans l’enlèvement de Steve Amoussou pourrait-il se traduire par des tensions nouvelles si ces individus ne sont pas extradés ? Selon les autorités béninoises, la procédure judiciaire a été menée de manière indépendante et les responsables ont été jugés en conformité avec la loi. À ce jour, deux des suspects, Jimmy Gandaho et Géraud Gbaguidi, ont été condamnés à 24 mois de prison, avec des amendes à verser à Steve Amoussou, tandis que le troisième, Ouanilo Medegan Fagla, a été acquitté.
L’évolution de cette affaire montre que malgré les tensions initiales, les deux gouvernements semblent avoir géré la situation avec pragmatisme. Les déclarations récentes indiquent que la question de l’enlèvement de Steve Amoussou est désormais clos sur le plan diplomatique, le Togo ayant accepté la résolution judiciaire par le Bénin, tout en maintenant sa position sur la violation des règles internationales. Cette issue pourrait symboliser la solidité des relations entre les deux pays, fondées sur un pragmatisme diplomatique qui a permis d’éviter une crise majeure.
En somme, bien que l’affaire Steve Amoussou ait initialement exposé des divergences et alimenté des préoccupations, elle n’a pas ébranlé les relations entre le Bénin et le Togo. Les deux pays semblent avoir résolu cette crise de manière pragmatique, prouvant qu’une entente forte et durable demeure entre ces deux nations « frères ».
José Pascaël AGBO
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