Au Bénin, la jeunesse est partout visible, bruyante, énergique. Mais derrière cette vitalité apparente se cache une réalité plus sombre, celle d’une génération aux rêves suspendus, ballottée entre débrouillardise et désillusion. Dans les grandes villes comme dans les zones rurales, nombreux sont les jeunes qui peinent à trouver un emploi décent, à accéder à un minimum de stabilité ou à se projeter dans un avenir rassurant.
Une jeunesse diplômée, mais sans emploi
L’un des visages de cette crise silencieuse est Joël A., 28 ans, diplômé en droit à Cotonou :
« J’ai eu ma licence depuis 2019. J’ai frappé à toutes les portes, j’ai même déposé des CV pour être secrétaire. Rien. Aujourd’hui, je suis livreur à moto pour survivre. Parfois, je me demande pourquoi j’ai étudié autant. »
Comme Joël, des milliers de jeunes Béninois sortent chaque année des universités avec des diplômes qui peinent à correspondre aux besoins du marché. Le décalage entre formation académique et opportunités économiques laisse place à un chômage massif ou à une sous-activité chroniquement précaire.
Entre débrouille et survie
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de poursuivre leurs études, l’apprentissage d’un métier reste une porte de secours. Mais là encore, le manque de moyens et d’encadrement freine les ambitions. À Abomey-Calavi, Chanceline D., 22 ans, témoigne :
« J’ai arrêté l’école en troisième parce que mes parents n’avaient plus les moyens. J’ai commencé l’apprentissage, mais sans matériel et sans soutien, je tourne en rond. J’aimerais lancer mon propre salon, mais personne ne nous aide vraiment. »
Ces jeunes, qui refusent de céder au découragement, redoublent d’ingéniosité pour « se débrouiller », parfois dans l’informel, souvent sans protection ni reconnaissance.
Le mirage de l’entrepreneuriat rural
Dans les campagnes, le tableau n’est pas plus reluisant. Malgré un fort potentiel agricole et artisanal, les jeunes entrepreneurs rencontrent d’énormes obstacles. Karim S., 30 ans, éleveur à Tchaourou, déplore le manque de soutien :
« J’ai monté une petite ferme avicole avec l’aide de mon oncle. Mais pour avoir un vrai financement, c’est un parcours du combattant. Pourtant, si on investit dans nous les jeunes du milieu rural, on peut nourrir tout le pays. »
Le rêve de vivre dignement de son travail s’effrite devant une bureaucratie pesante et une absence de vision claire en matière de développement local.
Un cri silencieux dans un pays qui avance sans eux
Pendant que le Bénin célèbre ses prouesses économiques et ses infrastructures modernes, la jeunesse semble reléguée en arrière-plan. Le fossé se creuse entre les discours politiques et les réalités sociales. Cette génération, qui devrait être un moteur de croissance, reste coincée dans une attente longue et épuisante.
Il ne s’agit plus seulement de créer des emplois, mais de repenser tout un système. Une réforme éducative profonde, un accompagnement ciblé des initiatives jeunes, un financement intelligent de l’économie locale… autant de pistes nécessaires pour éviter qu’un jour, ce cri silencieux ne se transforme en explosion sociale.
La Rédaction
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