JOURNÉE DE L’ENFANT AFRICAIN EN VUE : La mendicité infantile reste une plaie ouverte

À l’approche du 16 juin, date consacrée à la Journée de l’Enfant Africain, les États, les institutions et les organisations engagées dans la protection de l’enfance s’apprêtent, comme chaque année, à multiplier les messages de sensibilisation et les engagements publics en faveur des droits des enfants. Une séquence désormais bien connue, rythmée par les déclarations officielles, les campagnes de communication et les rappels solennels aux devoirs des États envers leur jeunesse.

Mais au-delà de cette mise en scène institutionnelle récurrente, une réalité demeure, constante et dérangeante : celle des enfants toujours livrés à la rue, à la mendicité et à une forme de survie quotidienne qui interroge la portée réelle des politiques de protection de l’enfance.

Dans plusieurs villes du Bénin, de Cotonou à Parakou, en passant par Djougou ou Natitingou, ils restent visibles à chaque coin de rue. Petites silhouettes exposées aux aléas de la circulation, bol en main, parfois pieds nus, souvent en marge de tout cadre scolaire stable. Leur présence est devenue si familière qu’elle en finit presque par se fondre dans le paysage urbain, comme une normalité silencieuse que peu questionnent encore avec vigueur.

Cette persistance ne peut toutefois être réduite à une simple fatalité sociale. Elle s’explique par un ensemble de facteurs structurels qui continuent d’alimenter le phénomène. Le déficit de prise en charge effective des enfants vulnérables par certaines autorités locales, notamment les communes, constitue l’un des premiers niveaux de fragilité. À cela s’ajoute la faiblesse des dispositifs sociaux de proximité, souvent insuffisamment dotés pour assurer un suivi durable des enfants en situation de rue.

Dans le même temps, la fragilisation des structures familiales, marquée par des divorces et séparations de plus en plus fréquents, expose de nombreux enfants à des situations d’abandon ou de déséquilibre éducatif, favorisant leur basculement vers la rue. À un niveau plus large, la présence signalée de réseaux de trafic et d’exploitation d’enfants dans la sous-région contribue également à entretenir et structurer certaines formes de mendicité infantile.

Pourtant, derrière cette accumulation de causes, se cache une réalité plus profonde : celle d’une enfance fragilisée, parfois instrumentalisée, et trop souvent exposée à des formes d’exploitation qui échappent encore largement aux réponses structurelles attendues.

Le phénomène des enfants dits talibés, souvent associé à des formes d’encadrement religieux traditionnel, illustre cette complexité. Dans certains cas, il relève de logiques éducatives et spirituelles anciennes. Dans d’autres, il dérive vers des pratiques où la mendicité devient un mode de survie imposé, brouillant les frontières entre apprentissage et exploitation.

Ce glissement progressif interroge la capacité des dispositifs actuels à encadrer efficacement ces réalités hybrides. Malgré les alertes répétées des organisations de défense des droits de l’enfant et les efforts ponctuels des pouvoirs publics, la présence des enfants dans les rues demeure une constante difficile à inverser.

Au-delà de la dimension sociale, cette situation soulève également des enjeux plus larges. La vulnérabilité prolongée, la déscolarisation et l’exposition précoce à la violence de la rue constituent des facteurs de fragilisation durable, susceptibles d’avoir des répercussions sur la cohésion sociale et la stabilité future.

Dans ce contexte, la Journée de l’Enfant Africain apparaît parfois comme un moment de contraste saisissant entre les engagements proclamés et les réalités observées. Une journée qui célèbre les droits de l’enfant, alors même que certains d’entre eux continuent de vivre en marge des protections les plus élémentaires.

La question posée n’est plus seulement celle de la reconnaissance des droits, mais celle de leur effectivité. Comment expliquer la persistance de telles situations malgré la multiplication des dispositifs, des conventions et des engagements internationaux ?

Au-delà des intentions, se pose ainsi la question de la mise en œuvre concrète des politiques de protection de l’enfance, de leur suivi et de leur efficacité réelle sur le terrain.

À l’approche du 16 juin, il apparaît donc nécessaire de dépasser le seul registre commémoratif pour interroger la continuité des actions publiques et collectives. Car tant que des enfants continueront de grandir dans la rue, la portée des célébrations restera inévitablement interrogée.

La mendicité infantile, dans ce contexte, ne peut être réduite à une simple anomalie sociale. Elle apparaît plutôt comme le symptôme persistant d’un déséquilibre plus profond, entre les ambitions affichées et les réalités vécues.

Et tant que cet écart persistera, la Journée de l’Enfant Africain restera, pour beaucoup, un rappel lucide : celui d’une promesse encore inachevée.

Patrice BIAOU

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