JOURNÉE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES : Un siècle de luttes, un avenir encore à conquérir

Pendant des siècles, les femmes ont dû lutter pour revendiquer ce qui devrait être fondamental : l’égalité des droits, des chances et de la dignité. Des suffragettes du XIXᵉ siècle aux militantes numériques du XXIᵉ siècle, chaque génération a repoussé les limites imposées par les normes sociales, politiques et culturelles. Derrière chaque avancée juridique, chaque réforme politique et chaque victoire symbolique se trouvent des femmes qui ont refusé de céder face aux discriminations.

En « 1851 » Sojourner Truth, une ancienne esclave, a prononcé un discours percutant, « Ain’t I a Woman? » (Ne suis-je pas une femme ? Ce n’est pas cinq simple mots prononcées, c’est une douleur, un crie, un appel. Aujourd’hui, le monde semble plus égalitaire qu’il ne l’a jamais été. Les filles accèdent davantage à l’éducation, les femmes occupent progressivement des postes de décision et les lois reconnaissent de plus en plus leurs droits fondamentaux. Pourtant, ces progrès restent fragiles et inégalement répartis. Selon les estimations internationales, les femmes et les filles ne disposent encore que d’environ 64 % des droits reconnus aux hommes. Une réalité qui rappelle que l’égalité proclamée dans les textes n’est pas toujours une égalité vécue dans les sociétés.

Des avancées historiques, mais un combat inachevé

L’histoire de la lutte pour les droits des femmes est jalonnée de moments décisifs. En 1848, la Convention de Seneca Falls, aux États-Unis, marque le lancement du mouvement organisé pour l’égalité des sexes. Les militantes Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott y revendiquent des droits civiques, sociaux et politiques pour les femmes, affirmant que l’égalité doit être un principe universel. Quelques décennies plus tard, en 1893, la Nouvelle-Zélande devient le premier pays à accorder le droit de vote aux femmes, ouvrant la voie à un mouvement mondial pour le suffrage féminin. En 1911, plus d’un million de personnes participent à la première Journée internationale des femmes en Europe pour réclamer le droit de vote et de meilleures conditions de travail. Le mouvement s’est progressivement étendu à toutes les régions du monde. En 1929, les femmes igbos du Nigeria se soulèvent contre les taxes imposées par l’administration coloniale britannique. Leur mobilisation, marquée par des manifestations massives et des actions symboliques, contraint les autorités à revoir certaines politiques fiscales. Après la Seconde Guerre mondiale, la reconnaissance internationale de l’égalité franchit une nouvelle étape. La Charte des Nations Unies (1945) a affirmé pour la première fois dans un texte international l’égalité entre les femmes et les hommes. Trois ans plus tard, la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) établit que les droits fondamentaux appartiennent à tous les êtres humains, sans distinction de sexe. Au fil des décennies, la communauté internationale a élaboré plusieurs instruments pour renforcer l’égalité des sexes. En 1979, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) devient le premier traité international consacré spécifiquement aux droits des femmes. 16 ans plus tard, la quatrième Conférence mondiale sur les femmes adopte le Programme d’action de Beijing, considéré comme l’un des plans les plus ambitieux pour promouvoir l’égalité entre les sexes. Ce programme identifie douze domaines prioritaires, dont l’éducation, la participation politique, la santé et la lutte contre les violences. Plus récemment, les Objectifs de développement durable (ODD) adoptés en 2015 ont placé l’égalité des sexes au cœur de l’agenda mondial. Le cinquième objectif vise à garantir l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles d’ici 2030. Malgré ces engagements internationaux, les progrès restent lents et inégaux. Dans de nombreuses sociétés, les femmes continuent de subir des discriminations structurelles. Selon les statistiques de l’ONU Femme France « Une femme est tuée toutes les dix minutes par un membre de sa famille. ». 44 % des pays ne disposent pas de lois garantissant un salaire égal pour un travail de valeur égale. 54 % des États ne définissent pas le viol sur la base du consentement. Ces chiffres rappellent que la violence et les discriminations demeurent profondément enracinées dans plusieurs systèmes sociaux, juridiques et culturels.

Des inégalités visibles même dans les sociétés avancées

Même dans les pays où les institutions sont solides et les droits reconnus, les écarts persistent. Les statistiques liées à la Journée internationale des droits des femmes montrent par exemple une progression des femmes dans plusieurs domaines au Québec, tout en révélant des inégalités persistantes. En 2022, les femmes de 15 ans et plus consacraient toujours davantage de temps que les hommes au travail non rémunéré, notamment aux tâches domestiques et aux soins aux enfants. Cette répartition inégale du travail invisible continue d’influencer les trajectoires professionnelles et économiques. Les écarts salariaux demeurent également significatifs. En 2025, la rémunération horaire moyenne des femmes salariées de 15 ans et plus atteint 33,17 dollars, contre 36,81 dollars pour les hommes. L’écart, bien que réduit au fil des années, montre que la parité salariale reste un objectif à atteindre. Le taux d’emploi illustre également cette différence : 59 % des femmes occupent un emploi, contre 64 % des hommes. À ces disparités économiques s’ajoute la question des violences. Les femmes représentent 73 % des victimes d’infractions violentes commises en contexte conjugal, un chiffre qui souligne la persistance de la violence domestique même dans des sociétés dotées d’un cadre juridique avancé. L’accès à la justice demeure l’un des obstacles majeurs à l’égalité réelle. Dans près de 70 % des pays étudiés, les femmes rencontrent davantage de difficultés que les hommes pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux. Pour beaucoup d’entre elles, entamer une procédure judiciaire représente un véritable défi. Les coûts juridiques rendent parfois impossible l’accès à un avocat. Les frais de transport, la garde des enfants ou la perte de revenus peuvent également dissuader les victimes de poursuivre une action en justice. À ces obstacles matériels s’ajoutent des facteurs sociaux et culturels. Dans de nombreuses sociétés, la parole des femmes victimes de violences est encore remise en question ou minimisée. Ces stéréotypes contribuent à maintenir un climat d’impunité pour les auteurs de violences. À mesure que les sociétés évoluent, les formes de violence se transforment également. Les technologies numériques, tout en offrant des outils d’expression et de mobilisation, ont ouvert la voie à de nouvelles formes d’abus. Les deepfakes générés par l’intelligence artificielle, le cyberharcèlement et la manipulation numérique figurent parmi les menaces émergentes qui ciblent particulièrement les femmes. Face à ces risques, plusieurs pays commencent à adopter des lois visant à criminaliser ces pratiques et à protéger les victimes. Malgré ces défis, la mobilisation mondiale en faveur des droits des femmes reste forte. Des mouvements comme MeToo ont contribué à briser le silence autour des violences sexuelles et à encourager les victimes à dénoncer les abus. Des actions collectives, des campagnes citoyennes et des initiatives institutionnelles continuent de transformer progressivement les lois et les mentalités. L’histoire démontre que chaque avancée majeure en matière d’égalité a été précédée par une mobilisation sociale forte. La Journée internationale des droits des femmes 2026 intervient dans un contexte mondial marqué par des tensions politiques, des conflits et un affaiblissement de certains systèmes judiciaires. Dans ces contextes fragiles, les droits des femmes peuvent rapidement reculer. C’est pourquoi ONU Femmes a choisi cette année le thème : « Droits, Justice, Action pour toutes les femmes et les filles ». L’égalité ne peut exister sans justice. Garantir l’accès aux droits, lutter contre les violences et assurer la participation pleine et entière des femmes à la vie politique, économique et sociale restent des défis majeurs pour les sociétés contemporaines.
Le véritable progrès ne se mesure pas seulement aux performances économiques ou aux innovations technologiques.

Il se mesure aussi à la capacité des sociétés à protéger les droits et la dignité de toutes celles qui les composent. Car lorsque les femmes avancent, c’est toute l’humanité qui progresse.

Souvenir ZANNOU

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