RETOUR DU MINISTÈRE DE LA COMMUNICATION : le signal fort de Wadagni à la presse béninoise

Dans le flot des grandes annonces ayant accompagné la formation du premier gouvernement de Romuald Wadagni, une décision est passée loin des projecteurs politiques les plus bruyants, mais elle résonne déjà fortement dans les rédactions béninoises : le retour du ministère de la Communication.

Cinq ans après sa suppression sous Patrice Talon, ce département ministériel réapparaît dans l’architecture gouvernementale, confié à Aurélie Adam Soulé Zoumarou. Et au-delà d’un simple réaménagement administratif, beaucoup y voient déjà un acte hautement politique.

Aurélie Adam Soulé Zoumarou

En 2021, la disparition du ministère de la Communication avait été présentée par le régime Talon comme une mesure d’efficacité administrative. Le pouvoir estimait alors que la régulation des médias relevait essentiellement de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication et que le maintien d’un ministère dédié pouvait favoriser une confusion entre communication gouvernementale et propagande politique.

Mais sur le terrain médiatique, cette suppression avait aussi laissé un vide symbolique profond. Beaucoup de professionnels des médias avaient progressivement eu le sentiment d’un secteur devenu institutionnellement orphelin. Entre les tensions récurrentes avec l’organe de régulation, les suspensions de médias, les inquiétudes autour des libertés de presse et les difficultés économiques du secteur, l’absence d’un ministère spécifiquement chargé des médias était devenue, pour certains, le symbole d’une presse reléguée à l’arrière-plan des priorités publiques.

Le dernier à avoir occupé ce portefeuille avant sa suppression reste Alain Sourou Orounla, avant sa nomination en juin 2021 comme préfet du Littoral. Depuis, le paysage médiatique béninois a traversé une période particulièrement sensible, marquée par des débats récurrents autour de la liberté d’expression, de l’équilibre entre régulation et restriction, mais aussi de la précarité grandissante de nombreuses entreprises de presse.

C’est pourquoi le retour de ce ministère dans le premier gouvernement de Romuald Wadagni prend aujourd’hui une dimension presque psychologique pour une partie de la corporation médiatique. Comme si, après plusieurs années de distance froide entre pouvoir et presse, l’État décidait à nouveau de reconnaître officiellement l’existence stratégique du secteur médiatique dans la construction démocratique nationale.

Le signal est d’autant plus fort qu’il intervient dans un contexte où l’image démocratique du Bénin a souvent été interrogée ces dernières années, notamment sur les questions liées aux libertés publiques et à la liberté de la presse. Plusieurs professionnels des médias ont d’ailleurs vu dans cette décision une volonté implicite de normalisation et d’apaisement.

Mais au-delà du symbole, les attentes seront immenses. Car le retour d’un ministère ne suffira pas, à lui seul, à régler les difficultés structurelles du paysage médiatique béninois. La question du financement des médias, de la protection des journalistes, de l’accès équitable à l’information publique, de la régulation ou encore de la professionnalisation du secteur reste entière.

Le véritable défi pour le nouveau pouvoir sera donc de démontrer que ce retour n’est pas uniquement esthétique ou politique, mais qu’il traduit une volonté réelle de reconstruire un climat de confiance avec les acteurs des médias.

Dans les rédactions béninoises, beaucoup veulent déjà croire à une nouvelle ère. Une presse mieux considérée. Moins suspectée. Davantage écoutée. Après plusieurs années de crispations silencieuses, le retour du ministère de la Communication apparaît ainsi comme l’un des gestes les plus symboliques du début de mandat de Romuald Wadagni.

Reste désormais à savoir si cette renaissance institutionnelle débouchera réellement sur une renaissance du dialogue entre le pouvoir et la presse béninoise.

Patrice BIAOU

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