Elle est là, notre jeunesse. Belle, ambitieuse, souriante. On l’applaudit, on la célèbre, on la nomme à de petits postes, on lui colle des titres ronflants… puis on la range. Comme un bel emballage qu’on sort pour les occasions.
Car oui, notre jeunesse est devenue recyclable. Elle sert à remplir les chaises dans les conférences, à agiter les pancartes qu’on lui donne, à dire merci même quand elle ne reçoit rien. Elle veut participer, mais on lui donne des rôles. Elle veut décider, mais on l’invite à applaudir. On lui donne un micro… sans lui donner de pouvoir.
On la forme, on la reforme, on la transforme. Mais on ne l’informe pas. On lui parle de leadership, mais on lui interdit de poser les vraies questions. On l’appelle à l’engagement, mais seulement dans les limites bien balisées.
Et elle, que fait-elle ? Elle attend. Elle espère. Parfois, elle se contente. Parfois, elle se convainc que ça ira, que le changement viendra. Elle partage des flyers, des citations inspirantes, des photos avec des ministres. Mais elle oublie de construire sa propre voix.
Notre jeunesse n’a pas besoin d’être recyclée. Elle a besoin d’être écoutée, formée, responsabilisée. Pas pour faire joli dans les discours. Mais pour peser vraiment dans les décisions.
Car à force de la recycler, on risque de la perdre. De perdre cette force vive qui aurait pu transformer le pays. Pas seulement en parole, mais en action.
À samedi prochain, sous le réverbère. On parlera d’une espèce très résistante : les applaudisseurs professionnels. Oui, ceux-là mêmes qu’on retrouve toujours au premier rang, sourire prêt, main levée.
M.A
