À Dioura, les pertes militaires ont rappelé les limites de la réponse sécuritaire au Mali. Le 10 septembre 2026, une attaque contre le camp militaire de cette localité du centre du pays a coûté la vie à au moins une centaine de soldats maliens, selon des sources militaires, sécuritaires et locales citées par l’Agence France-Presse. Cinq membres russes d’Africa Corps auraient également été tués. Quelques semaines plus tard, à Bamako et à Kati, les autorités distribuaient des kits alimentaires à des veuves de militaires et de paramilitaires. Deux réalités qui se côtoient : une guerre meurtrière et des familles qui doivent continuer à vivre après la perte d’un proche.
Du riz, du mil, des pâtes alimentaires et de l’huile. Les 6 et 7 octobre, 400 veuves ont bénéficié de cette assistance dans le cadre du Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion. L’initiative des œuvres sociales du président de la Transition, Assimi Goïta, répond à un besoin concret : aider des familles éprouvées à faire face aux dépenses quotidiennes. Mais derrière les denrées distribuées, il y a des absences que l’aide matérielle ne peut combler, des enfants privés de leur père et des femmes contraintes de reconstruire leur quotidien dans le deuil.
Le contraste interpelle d’autant plus que le Mali a fait de son partenariat militaire avec la Russie un pilier de sa stratégie de reconquête territoriale. Africa Corps, qui a pris le relais de Wagner dans le dispositif russe, accompagne les forces maliennes dans leurs opérations contre les groupes armés. Pourtant, l’attaque de Dioura et les violences signalées à Sévaré ont montré que cette coopération n’a pas permis d’empêcher de lourdes pertes ni de mettre fin à la menace armée. La présence de partenaires étrangers, même dotés de moyens militaires, ne constitue pas à elle seule une garantie de sécurité.
La situation est toutefois plus complexe qu’un bilan uniquement négatif. Le 6 octobre, les forces maliennes sont revenues à Kidal avec l’appui de leurs partenaires russes, après le retrait annoncé des séparatistes du Front de libération de l’Azawad. Cet épisode constitue un gain symbolique pour les autorités de transition. Mais reprendre une ville ne signifie pas nécessairement sécuriser durablement l’ensemble du territoire. Les attaques persistantes et la vulnérabilité de certaines positions militaires rappellent l’ampleur du défi auquel le pays reste confronté.
La question n’est donc pas de contester la nécessité de soutenir les familles des militaires tombés au combat. Cette solidarité est indispensable et mérite d’être saluée. Elle ne saurait toutefois remplacer un accompagnement social durable. Au-delà des kits alimentaires, les veuves ont besoin de ressources stables, d’un accès aux services essentiels et de perspectives pour l’avenir de leurs enfants. La reconnaissance envers les soldats disparus doit se traduire par des mesures qui protègent aussi ceux qu’ils laissent derrière eux.
Reste alors la question des promesses sécuritaires faites au nom du partenariat russe. Si cette coopération a contribué à certaines opérations militaires, elle n’a pas empêché les pertes tragiques de Dioura ni mis un terme à l’insécurité. Les autorités maliennes demeurent responsables de la protection de leur population et de l’accompagnement des familles endeuillées. Les résultats d’une stratégie de sécurité ne se mesurent pas seulement aux territoires repris ou aux équipements déployés, mais aussi à la capacité de protéger les vies et de réduire durablement les violences.
Les kits alimentaires peuvent soulager la faim, mais ils ne rendent pas les pères à leurs enfants ni les maris à leurs épouses. Et aucune promesse de partenariat ne peut effacer la douleur des familles. Pour les veuves maliennes, l’urgence est de survivre au deuil. Pour le Mali, le défi reste de faire en sorte que les promesses de sécurité se traduisent, enfin, par une protection durable des populations.
Patrice BIAOU
