OR GUINÉEN : Doumbouya ferme la porte aux exportations brutes

La Guinée franchit un nouveau cap dans sa politique de souveraineté économique. Le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, a annoncé la fin des exportations d’or brut, obligeant désormais tous les producteurs à transformer, fondre et certifier le métal précieux sur le territoire national avant toute expédition vers les marchés internationaux.

La décision a été rendue publique le 19 juin lors d’une rencontre entre le chef de l’État et les acteurs de la filière aurifère. Le message est sans ambiguïté. « L’or guinéen sera fondu, certifié et transformé en Guinée avant d’être exporté vers les marchés internationaux », a déclaré Mamadi Doumbouya, prévenant que tout opérateur qui continuerait à exporter de l’or brut s’exposerait à la suspension de sa licence ainsi qu’à la résiliation de son contrat minier.

Cette réforme intervient dans un secteur stratégique pour l’économie guinéenne. Selon les statistiques du ministère des Mines et de la Géologie, le pays a exporté en 2025 près de 20 tonnes d’or industriel contre près de 50 tonnes d’or artisanal. La Guinée est également considérée comme une plateforme de transit pour une partie de l’or circulant dans la sous-région ouest-africaine, ce qui renforce les enjeux liés à la traçabilité et à la valorisation locale de cette ressource.

Pour concrétiser cette ambition, les autorités comptent s’appuyer sur la raffinerie Nimba Gold Refinery actuellement en cours d’installation à Gbessia, dans la capitale Conakry. L’objectif est clair : capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national au lieu de laisser les opérations de raffinage et de certification se faire à l’étranger.

Cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large engagée par le pouvoir guinéen depuis plusieurs années. Après la bauxite, dont les compagnies minières sont désormais encouragées à transformer localement une partie de leur production, le gouvernement entend appliquer la même logique à l’or. Le gigantesque projet de fer de Simandou est lui aussi concerné par cette volonté de transformation locale à travers la construction envisagée d’infrastructures industrielles sur le territoire guinéen.

La Guinée rejoint ainsi une dynamique déjà observée dans plusieurs pays africains producteurs d’or. Le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Ghana ou encore la Côte d’Ivoire ont multiplié ces dernières années les projets de raffineries afin de mieux profiter des richesses générées par le métal jaune. Toutefois, Conakry se distingue en allant plus loin que nombre de ses voisins avec une interdiction annoncée des exportations d’or brut.

Reste désormais à préciser les modalités concrètes d’application de cette mesure. Les autorités devront notamment définir le calendrier d’entrée en vigueur, les obligations imposées aux différents opérateurs ainsi que les éventuelles périodes transitoires. Mais une chose est déjà acquise : la Guinée entend désormais transformer son or chez elle avant de le vendre au reste du monde. Une décision qui traduit la volonté du pouvoir de reprendre davantage le contrôle sur l’exploitation et la valorisation de ses ressources naturelles.

Patrice BIAOU

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