Après la publication des listes et des positionnements pour les élections générales de 2026, un constat s’impose : de nombreux militants fidèles, présents sur le terrain depuis des années, se retrouvent relégués à des positions secondaires ou purement symboliques. Ces hommes et ces femmes, qui n’attendent jamais la veille d’un scrutin pour affirmer leur engagement, voient leur dévouement ignoré quand vient le moment de distribuer les cartes et les responsabilités. Le militantisme, longtemps considéré comme le socle des formations politiques, semble soudainement perdre sa valeur réelle, remplacé par des logiques électorales où la visibilité et le soutien de dernière minute pèsent plus que la fidélité.
Cette tendance est particulièrement marquée sur les listes des partis de la mouvance présidentielle. Des figures de terrain, qui ont accompagné chaque campagne, animé chaque comité local et mobilisé les communautés, se voient aujourd’hui écartées au profit de nouveaux venus ou de candidats jugés plus « stratégiques ». Le paradoxe est cruel : ceux qui ont construit la base militante se retrouvent parfois à contempler depuis les marges ceux qui récoltent les honneurs. On se demande alors si ces décisions relèvent d’un simple calcul électoral ou d’un règlement de comptes interne.
Dans pratiquement toutes les 24 circonscriptions électorales, ce phénomène est observable. Dans les sections locales et les comités de base, la frustration est palpable. Les militants historiques, parfois dans l’ombre depuis des années, voient leur expérience ignorée au moment crucial où chaque circonscription distribue ses positions. Les logiques de « parrainage », de compromis et de stratégie électorale semblent avoir pris le pas sur la reconnaissance de l’engagement réel.
Les conséquences sont multiples. La motivation des cadres de terrain s’érode, la cohésion interne des partis peut se fissurer, et l’efficacité même des campagnes est menacée. Ce sont ces militants expérimentés qui assurent la crédibilité et la mobilisation des formations politiques auprès des populations. Sans eux, les stratégies électorales risquent de perdre en profondeur et en ancrage territorial.
Ce constat impose une réflexion : le militantisme est-il encore un sésame pour accéder aux responsabilités politiques ou est-il devenu un simple ticket de présence ? Les partis devront décider entre flatter des stratégies immédiates ou consolider un socle militant durable. Les électeurs observent et notent, conscients que la loyauté politique n’est pas toujours synonyme de reconnaissance. Dans ce contexte, les anciens militants, parfois oubliés, espèrent que leur patience et leur engagement trouveront enfin un écho sur le terrain politique.
Patrice BIAOU
