Depuis l’annonce du choix de Romuald Wadagni comme candidat de la mouvance présidentielle, le paysage politique béninois vit une recomposition accélérée. Plusieurs semaines après la désignation intervenue le 31 août, l’effet de surprise s’estompe mais les secousses continuent de se faire sentir. Tandis que la majorité s’active pour transformer son choix en dynamique victorieuse, l’opposition, elle, peine encore à tracer une trajectoire claire vers l’échéance d’avril 2026.
À Parakou, le 4 octobre prochain, l’investiture officielle du duo Wadagni–Talata viendra sceller l’union de l’UP-R, du Bloc Républicain et de leurs alliés autour d’un ticket qui se veut l’incarnation de la continuité. Le ministre de l’Économie et des Finances, promu candidat à la magistrature suprême, et l’actuelle vice-présidente de la République symbolisent, aux yeux de la mouvance, l’équilibre entre technocratie et expérience politique, stabilité et ouverture. La machine présidentielle, rompue aux grandes mobilisations, entend faire de ce rendez-vous une démonstration de force et de cohésion.
En face, le contraste est saisissant. Les Démocrates, principale formation de l’opposition avec ses vingt-huit députés, donnent l’image d’un parti à la recherche d’un second souffle. Le choix de leur duo tarde à se préciser et les débats internes révèlent des tiraillements qui fragilisent l’autorité du président du parti, Boni Yayi. Entre hésitations stratégiques et calculs tactiques, le parti s’expose à la critique d’impréparation. Certains alliés potentiels se sont déjà détachés, d’autres marquent le pas, pendant que le temps file inexorablement vers les dépôts de dossiers.
Le contraste ne tient pas seulement à l’organisation interne des camps. Il reflète une réalité plus profonde : depuis 2016, la mouvance a appris à faire bloc autour d’un leader et à gérer ses contradictions internes à huis clos, alors que l’opposition peine à dépasser ses divisions historiques et personnelles. Le cas de la FCBE de Paul Hounkpè, rapidement ralliée à la mouvance par un accord de coalition, illustre la difficulté pour l’opposition de conserver un front uni et crédible.
Pour autant, rien n’est encore joué. La popularité réelle du pouvoir, la capacité de la mouvance à mobiliser au-delà de ses bastions et la situation sociale pèseront lourd dans l’équation. L’opposition, si elle parvient à se réorganiser rapidement et à offrir une alternative claire, pourrait encore peser dans la balance. Les défis économiques, le coût de la vie et les attentes de la jeunesse sont autant de terrains où le débat pourrait s’ouvrir.
Mais à l’heure où la mouvance avance avec un duo déjà identifié et un agenda maîtrisé, l’opposition semble courir après le temps. La désignation de Romuald Wadagni n’est plus une nouveauté : elle est désormais une réalité politique que les uns tentent de consolider et que les autres doivent apprendre à affronter. Entre ordre de bataille et quête de voie, la présidentielle de 2026 s’annonce comme un test grandeur nature pour la maturité démocratique du Bénin.
Patrice BIAOU
