La prochaine élection présidentielle s’annonce déjà comme un test grandeur nature pour la cohésion du parti Les Démocrates. Avec trente-quatre candidatures enregistrées dans ses rangs pour le choix du duo présidentiel, la formation dirigée par Boni Yayi entre dans une phase aussi décisive que risquée. Car derrière cette effervescence démocratique se cache une réalité politique plus complexe : la tentation de l’éclatement.
Depuis la réforme du système partisan, le Bénin a tourné la page des candidatures dispersées. Le parrainage, introduit comme filtre institutionnel, a profondément reconfiguré le jeu politique. Finies les aventures solitaires ; seules les formations structurées peuvent désormais espérer se hisser jusqu’à la Céna. En 2021, cette contrainte avait exclu Les Démocrates de la course. En 2026, le contexte s’inverse : le parti dispose cette fois d’une base électorale et parlementaire solide. Mais c’est justement cette force retrouvée qui crée la tension actuelle.
Trente-quatre prétendants pour un seul ticket : l’équation est délicate. Les ambitions s’entrechoquent, les alliances internes se nouent et les calculs se multiplient. Ce n’est pas le processus de désignation qui pose problème, mais l’après. Car il faudra bien que trente-deux visages acceptent la défaite, sans rancune ni arrière-pensée. Et c’est là que se situe le risque majeur : celui de voir surgir un candidat dissident, prêt à franchir la ligne rouge avec l’aide de parrainages venus d’ailleurs.
La majorité présidentielle, quant à elle, pourrait jouer sa carte avec intelligence. Disposant d’un large stock d’élus, elle a la possibilité d’accorder des parrainages supplémentaires, au-delà de son propre duo Wadagni-Talata et de celui attendu de la Fcbe. De là à imaginer qu’un recalé du parti Les Démocrates soit tenté par une offre stratégique, il n’y a qu’un pas. L’histoire politique récente a prouvé que la frustration peut devenir le terreau fertile de la trahison.
Dans cette configuration, Les Démocrates n’ont pas seulement à choisir un duo. Ils doivent surtout préserver leur unité. Car la multiplication des ambitions internes ouvre la voie à toutes les infiltrations, à tous les calculs. Et dans une élection où chaque parrainage vaut de l’or, un seul ralliement malveillant peut changer le cours du jeu.
Si 2021 a révélé les limites d’un parti encore en construction, 2026 mettra à l’épreuve sa maturité. Entre loyauté et opportunisme, discipline et ambition, Les Démocrates sont appelés à arbitrer leur destin. La vraie bataille ne se jouera pas dans les urnes, mais dans la capacité du parti à sortir uni de cette sélection interne. Car en politique béninoise, le plus redoutable adversaire n’est pas toujours en face, il se cache parfois dans son propre camp.
Patrice BIAOU
