À quelques heures de la clôture du dépôt des dossiers de candidature à la Commission électorale nationale autonome (Céna), le parti Les Démocrates traverse une zone de fortes turbulences. Une ordonnance du tribunal de première instance de Cotonou, rendue publique ce lundi 13 octobre 2025, a sommé le président du parti, Thomas Boni Yayi, de restituer à un député, Michel François Oloutoyé Sodjinou, son formulaire de parrainage. Une décision qui fait éclater au grand jour les tensions internes et les querelles d’ego au sein de la principale formation d’opposition.
Le document querellé, censé permettre à un député d’appuyer un duo candidat à la présidentielle, est devenu un symbole des tiraillements qui minent la cohésion des Démocrates. Le parlementaire, estimant que ses droits politiques ont été bafoués, a saisi la justice pour récupérer le précieux sésame remis le 2 septembre à la direction du parti. Dans son ordonnance, le juge a donné raison à Sodjinou et exigé l’exécution provisoire de la décision, sans caution. Un coup dur pour la direction des Démocrates, déjà en difficulté pour dégager un consensus autour du duo qu’elle compte investir.
Au-delà de la simple question du parrainage, c’est toute la gouvernance interne du parti qui se trouve questionnée. Des voix s’élèvent pour dénoncer une gestion centralisée, où les grandes décisions seraient confinées à un cercle restreint, souvent accusé d’étouffer le débat démocratique. Ce bras de fer intervient au moment le plus critique du calendrier électoral, et expose le parti à un risque réel : celui de ne pas pouvoir déposer un dossier complet dans les délais, faute d’unité et de coordination.
Ce qui se joue, ce n’est pas qu’un différend administratif. C’est une véritable lutte d’influence entre ambitions personnelles et discipline collective. Certains y voient la preuve que Les Démocrates, malgré leur posture d’alternative crédible, peinent encore à dépasser les réflexes d’individualisme et de méfiance mutuelle. L’incapacité à dégager un consensus sur le duo présidentiel révèle un malaise plus profond : celui d’un parti tiraillé entre la loyauté à son leader historique et les appétits de pouvoir de ses cadres.
À la veille du dépôt des candidatures, la cacophonie au sein des Démocrates contraste avec l’attente de leurs sympathisants, nombreux à espérer une offre politique claire et unifiée face au pouvoir en place. Chaque heure qui passe renforce la crainte d’une débâcle organisationnelle, alors même que le parti avait promis de “redonner du sens au système partisan”.
Les prochaines heures seront décisives. Si Les Démocrates ne parviennent pas à aplanir leurs divergences et à se présenter en rang serré devant la Céna, ils risquent de transformer une bataille d’ego en un suicide politique. Le parti de Boni Yayi joue gros : sa crédibilité, sa cohésion et peut-être, son avenir sur l’échiquier politique national.
Car au fond, ce que révèle cette crise, c’est qu’avant de conquérir le pouvoir d’État, Les Démocrates doivent d’abord apprendre à conquérir le pouvoir sur eux-mêmes.
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