Autrefois ciment d’une victoire électorale historique, la Coalition de la Rupture, qui permit à Patrice Talon de se hisser à la présidence en 2016, semble aujourd’hui effritée, laissant derrière elle des fragments épars. Si certains membres sont encore présents aux côtés du chef de l’État, la majorité des signataires du fameux protocole d’accord de 2016 ont, pour diverses raisons, pris leurs distances avec le pouvoir. La coalition de la Rupture, est-elle désormais une simple relique, témoin d’une alliance éphémère pour atteindre un objectif commun ?
Mars 2016. Au terme du premier tour de l’élection présidentielle, Patrice Talon, alors arrivé en seconde position derrière Lionel Zinsou, s’allie à vingt-quatre autres candidats pour former la Coalition de la Rupture. Ce regroupement, fondé dans l’entre-deux tours, réunit des personnalités politiques d’horizons divers, toutes animées par le même objectif : éviter la continuité représentée par Lionel Zinsou et soutenue par le président sortant, Boni Yayi.
Une union circonstancielle pour renverser la continuité
À l’Azalaï Hôtel de Cotonou, vingt-cinq leaders signent un protocole d’accord pour unir leurs forces derrière Talon, devenant ainsi une machine politique puissante, prête à en découdre avec le système en place. En rejoignant cette coalition, chacun des signataires s’engage à battre campagne pour Talon dans tout le pays, mobilisant leurs électeurs pour assurer sa victoire. Ce pacte scelle non seulement une alliance électorale, mais crée aussi une dynamique politique inédite. La Coalition de la Rupture ne représente pas une simple juxtaposition d’intérêts personnels, mais symbolise, à l’époque, une volonté collective de changement, portée par un slogan rassembleur : « la rupture ».
Fragmentation progressive et éclatement des alliances
Presque neuf ans plus tard, la Coalition de la Rupture n’existe plus dans sa forme originelle. Ce mouvement hétéroclite, formé dans une période de besoin, n’a pas survécu aux réalités du pouvoir et aux ambitions divergentes de ses membres. Si la « rupture » est toujours au cœur de la gouvernance Talon, la coalition qui l’a propulsée au sommet s’est diluée dans les méandres de la politique béninoise.
Certains piliers de la coalition, comme Pascal Irénée Koupaki et Abdoulaye Bio Tchané, sont restés proches de Talon et jouent un rôle clé dans la gestion de l’État. D’autres, comme Simon Pierre Adovèlandé, continuent de bénéficier de la confiance présidentielle à des postes diplomatiques. Des personnalités telles que le Général Robert Gbian, Nassirou Arifari Bako, Karimou Chabi Sika et Aké Natondé occupent aujourd’hui des positions stratégiques au sein des institutions publiques. Ces soutiens historiques incarnent une sorte de continuité dans la « rupture », marquant leur fidélité à Talon et leur implication dans l’édification de son programme.
En revanche, d’autres anciens membres de la coalition sont devenus des figures plus éloignées, voire conflictuelles. Certains, comme Sébastien Ajavon, Mohamed Atao Hinnouho, Youssao Abdou et Alexandre Hountondji, se sont heurtés à la justice, illustrant un paradoxe saisissant : les bâtisseurs d’un système deviennent les critiques d’une gouvernance qui les condamne. À l’autre extrémité du spectre, certains soutiens historiques comme Daniel Edah, ont exprimé des divergences marquées avec le régime actuel, prenant leurs distances pour incarner un contrepoids politique. Enfin, d’autres, autrefois influents, ont totalement disparu du paysage politique, tels que Marie Elise Gbèdo, Issoufou Kogui N’Douro et Christian Lagnidé.
Une coalition rangée dans l’histoire, mais des alliances réinventées
À l’approche des élections de 2021, Patrice Talon n’a pas ressenti le besoin de ressusciter cette coalition initiale. Avec des alliances consolidées au fil de son premier mandat et une vision politique affirmée, il n’a plus eu besoin de s’appuyer sur les dynamiques circonstancielles de 2016. La Coalition de la Rupture n’est plus qu’un souvenir, un moment précis de l’histoire politique béninoise. Si certains membres sont encore aux côtés de Talon, ils sont davantage des alliés politiques que les représentants d’un mouvement structuré.
L’évolution de cette coalition illustre bien la réalité des alliances politiques : ce qui était utile hier peut devenir obsolète aujourd’hui. La Coalition de la Rupture, en ce sens, aura été un outil puissant pour un objectif précis, avant de devenir une relique historique. Les défections, les dissensions et les trajectoires variées de ses membres rappellent que la politique est faite de constructions éphémères, chaque acteur jouant en fonction de ses propres intérêts, quitte à s’éloigner du projet initial.
La Coalition de la Rupture de 2016 n’est plus qu’un souvenir, rangée dans les archives de la politique béninoise. Pourtant, l’esprit de rupture continue de caractériser la gouvernance Talon. L’érosion progressive de cette coalition illustre la flexibilité des alliances dans un environnement politique en perpétuelle mutation. Les acteurs qui subsistent aux côtés de Talon symbolisent une version évoluée de la « rupture », adaptée aux défis actuels. Quant aux autres, ils incarnent la fragilité des alliances de circonstance.
Ainsi, la Coalition de la Rupture s’avère bien une relique du passé, mais une relique qui, un jour, aura façonné l’histoire du Bénin. Elle a le mérite d’avoir été un pont pour Patrice Talon, mais à mesure que son mandat s’achève, il devient clair que ce pont est un vestige historique.
José Pascaël AGBO
