Les opérations de répression engagées contre les personnes surprises en train d’uriner sur la voie publique se multiplient à Cotonou. Si cette démarche s’inscrit dans la volonté des autorités d’améliorer durablement l’assainissement de la capitale économique, elle soulève néanmoins une interrogation de fond : les citoyens disposent-ils réellement des infrastructures nécessaires pour respecter cette exigence ?
La lutte contre les incivilités ne souffre d’aucune contestation. Une ville moderne ne peut tolérer que ses rues, ses trottoirs ou ses espaces publics servent de lieux d’aisance. Au-delà de l’image de la ville, ces comportements portent atteinte à l’hygiène publique, à la santé des populations et au cadre de vie. Il est donc légitime que les autorités municipales et les services compétents veillent au respect des règles de salubrité.
Cependant, toute politique publique gagne en efficacité lorsqu’elle combine répression et prévention. Or, dans une grande partie de Cotonou, les toilettes publiques restent rares, difficilement accessibles ou inexistantes. Dans plusieurs marchés, gares routières, carrefours et autres lieux de forte fréquentation, les usagers peinent à trouver un espace aménagé où satisfaire un besoin pourtant naturel.
Cette réalité mérite d’être prise en compte. Un conducteur de taxi, un motocycliste, un commerçant ambulant ou un simple passant peut être confronté à une urgence physiologique sans disposer d’une solution à proximité. Dans ces conditions, la sanction, bien qu’elle puisse avoir un effet dissuasif, risque de ne pas suffire à modifier durablement les comportements.
Les grandes métropoles qui ont réussi leur politique d’assainissement n’ont pas seulement renforcé les contrôles. Elles ont également investi dans un réseau de toilettes publiques propres, entretenues, sécurisées et réparties dans les principaux espaces de rassemblement. L’accès à ces infrastructures est devenu un véritable service public au même titre que l’éclairage, la voirie ou la collecte des déchets.
Pour Cotonou, l’enjeu dépasse donc la seule verbalisation des contrevenants. La mise en place d’un vaste programme de construction et de réhabilitation de toilettes publiques pourrait constituer un complément indispensable aux mesures de répression. Une telle politique offrirait aux populations une alternative concrète tout en renforçant l’adhésion citoyenne aux objectifs de salubrité.
L’assainissement d’une ville repose autant sur la responsabilité des citoyens que sur celle des pouvoirs publics. Les habitants ont le devoir de préserver leur cadre de vie. En retour, les autorités ont la responsabilité de créer les conditions permettant à chacun d’adopter les comportements attendus.
La volonté d’assainir Cotonou mérite d’être saluée. Mais une question demeure : peut-on durablement sanctionner un comportement lorsque l’alternative fait encore défaut ? L’avenir de la capitale économique passera sans doute par une approche qui conjugue fermeté, pédagogie et investissements dans les infrastructures publiques. C’est à ce prix que Cotonou pourra relever durablement le défi de la salubrité.
Patrice BIAOU
