VERS UNE RENAISSANCE DU FÂ : Une École Inédite Annoncée à Porto-Novo

Un vent de renouveau souffle sur le patrimoine spirituel et culturel du Bénin. Lors de la 2ᵉ édition du Festival des Masques, clôturée récemment à Porto-Novo, une annonce majeure est venue marquer les esprits : la création imminente d’un établissement dédié exclusivement à l’enseignement du Fa, système divinatoire ancestral du monde yoruba.

Baptisée « Ilé Iwè Ifa », cette future école se veut bien plus qu’un sanctuaire pour initiés. Selon les propos du professeur Mahougnon Kakpo, coordinateur général du colloque scientifique tenu en marge du festival, l’école ambitionne d’ouvrir les portes du savoir du Fa à un public élargi, formant aussi bien des praticiens que des interprètes et traducteurs des signes et textes issus de cette science séculaire.

Loin des cercles ésotériques ou rituels restreints, Ilé Iwè Ifa vise à offrir un enseignement rigoureux, structuré et fondé sur des bases scientifiques. Elle entend ainsi redonner ses lettres de noblesse à une pratique souvent galvaudée, en exigeant notamment des certifications même pour ceux déjà reconnus comme bokonon ou babalawo.

Outre l’apprentissage technique des signes et versets du Fa, l’école proposera une exploration de ses dimensions applicables à la vie quotidienne : orientation personnelle, développement intérieur, et connaissance de soi. Une vision moderne et inclusive du Fa, à la croisée du savoir traditionnel et des sciences humaines.

Le projet dépasse les frontières béninoises. Le Nigéria, berceau historique du Fa avec le Bénin, accueillera également des antennes de cette école. Et pour accompagner cette structuration du savoir, l’État béninois prévoit la création d’un Centre international de formation à Porto-Novo, dédié à l’harmonisation des connaissances liées au Fa.

Le colloque international, organisé les 2 et 3 août 2024 à l’École du Patrimoine Africain, a réuni une centaine d’experts et chercheurs issus d’une dizaine de pays, autour du thème : « Ifá Orúnmilà : Introduction à une épistémologie ». Cette convergence de regards venus d’Afrique, d’Europe et des Amériques témoigne de l’intérêt croissant pour cette tradition millénaire, appelée à jouer un rôle nouveau dans le monde contemporain.

Un pas décisif est ainsi franchi vers une reconnaissance académique et universelle du Fa. Entre modernité et tradition, le Bénin s’affirme plus que jamais comme le gardien et le moteur de ce précieux héritage spirituel.

Kadidjath MOROU

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