• Mythe ou réalité ? Voici ce qu’il faut retenir selon le Dr Alassane Akpaki
La drépanocytose, une maladie héréditaire affectant des millions de personnes à travers le monde, est souvent entourée de mythes. L’un des plus répandus en Afrique est que les rapports sexuels ou la grossesse prolongeraient la vie des personnes atteintes. Mais qu’en est-il réellement ? Le Docteur Akpaki Alassane nous éclaire sur ce sujet délicat.
La drépanocytose, considérée comme la maladie héréditaire la plus répandue au monde, touche environ 120 millions de personnes, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Principalement répandue en Afrique (60 % des cas), cette maladie résulte d’une anomalie de l’hémoglobine, la protéine essentielle au transport de l’oxygène dans le sang. Les globules rouges des personnes atteintes de drépanocytose perdent leur forme ronde habituelle, adoptant une forme de faucille qui compromet leur capacité à circuler librement dans les vaisseaux sanguins. Les conséquences en sont diverses et sévères : douleurs ostéo-articulaires, crises thoraciques aiguës, anémie chronique, et bien d’autres complications.
Pour le Docteur Akpaki Alassane, que la drépanocytose est une maladie héréditaire parce qu’elle est liée aux gènes. Car dit-il, « L’être humain naît drépanocytaire, il ne le devient pas ». En effet, la maladie résulte d’une mutation génétique qui transforme l’hémoglobine normale (A) en une version anormale (S ou C), incapable d’assurer le transport adéquat de l’oxygène. Cette mutation est transmise par les parents, chacun contribuant à un allèle – une forme d’hémoglobine – à leur enfant. Ainsi, lorsque deux parents sont porteurs de l’hémoglobine AS ou AC, ou que l’un est porteur et l’autre malade (SS), il y a un risque élevé que leur enfant soit drépanocytaire.
En matière de traitement, les avancées scientifiques offrent quelques options, bien que limitées. « Actuellement, il n’existe pas de traitement curatif de la drépanocytose, surtout en Afrique », déclare le Dr Akpaki. La greffe osseuse, bien qu’efficace, reste hors de portée pour beaucoup, en raison de son coût et de la difficulté à trouver un donneur compatible. Les thérapies géniques, bien que prometteuses, ne sont pas encore largement disponibles. Cependant, des traitements existent pour atténuer les crises et les complications de la maladie, notamment en encourageant une bonne hydratation pour fluidifier le sang.
Dans la société africaine, plusieurs personnes ont tendance à affirmer, que le fait de tenir des rapports sexuels ou tomber enceinte, prolongerait la durée de vie d’une personne drépanocytaire et anticiperait même sa guérison. Un mythe persistant en Afrique, le Dr Akpaki réfute fermement cette idée : « Il n’y a pas de relation directe entre la drépanocytose et la grossesse ou les rapports sexuels. Ce mythe trouve ses racines dans une époque où la durée de vie des drépanocytaires était estimée à une vingtaine d’années, incitant ainsi à une parentalité précoce. Beaucoup l’auraient donc mal interprété en pensant que cette pratique permettrait d’augmenter la durée de vie des drépanocytaires. Cependant, cette pratique n’a aucune base médicale prouvée pour augmenter la longévité des drépanocytaires.
Pour Docteur Akpaki Alassane, la meilleure mesure de prévention, c’est l’électrophorèse. En effet, selon lui, quand un couple aspire à se marier, il est nécessaire pour eux de faire un test d’électrophorèse chacun, et qu’ils présentent les résultats de ce test à un médecin qui va analyser et voir s’il y a des risques de transmission de la drépanocytose et en fonction de cela leur prodiguer des conseils et leur explique les conséquences. Une mesure qu’il exhorte tous les couples à réaliser avant le mariage.
Ainsi, si la drépanocytose demeure une maladie complexe avec de nombreuses implications pour les patients et leurs familles, il est quand même crucial de dissiper les mythes qui l’entourent. L’éducation, la prévention et l’accès à des soins appropriés sont les clés pour mieux vivre avec cette maladie et prévenir sa transmission aux générations futures.
Kadidjath MOROU
