Le rideau est tombé sur l’affaire Lagnidé. Après plusieurs jours de suspense et de controverses, la Cour constitutionnelle a rendu son verdict ce jeudi 6 février 2025 : la requête de Christian Enoch Lagnidé est jugée irrecevable. L’ancien ministre espérait obtenir un avis sur l’entrée supposée du Bénin dans une nouvelle République et sur l’éligibilité de Patrice Talon en 2026. Mais la haute juridiction a tranché : un citoyen ne peut saisir la Cour pour une simple demande d’avis. Une décision qui met un coup d’arrêt au débat juridique, mais pas forcément aux polémiques politiques.
Un recours sans fondement juridique
Dans sa requête déposée le 27 janvier, Christian Lagnidé demandait à la Cour de clarifier deux points majeurs : la révision constitutionnelle de 2019 a-t-elle instauré une nouvelle République ? Et, si oui, Patrice Talon peut-il prétendre à un nouveau mandat en 2026 ? Pour appuyer sa démarche, il invoquait des changements notables opérés depuis la révision, notamment la transformation du modèle présidentiel avec l’introduction d’un vice-président, le passage du mandat des députés de quatre à cinq ans et l’absence de passation de pouvoir en 2021.
Mais dès l’ouverture de l’audience, le conseiller rapporteur de la Cour a mis en évidence une faille majeure : la Constitution ne permet pas à un citoyen de solliciter un simple avis de la haute juridiction. En effet, selon les articles 3, 22 et 37 des textes en vigueur, la Cour ne peut être saisie que pour contrôler la constitutionnalité des lois ou statuer sur des violations de droits fondamentaux. Selon le rapporteur, ces deux préoccupations s’analysent comme une demande d’avis, insistant sur le fait que les textes en vigueur ne donnent pas cette possibilité au citoyen. Conséquence : le recours de Christian Lagnidé devait être déclaré irrecevable.
Une décision qui clôt le débat juridique
Sans surprise, la Cour a suivi les recommandations du rapporteur. Elle a confirmé que la demande de Christian Lagnidé ne reposait sur aucun fondement juridique solide et ne relevait pas de sa compétence. Ainsi, elle a décidé d’écarter purement et simplement le recours. Ce verdict sonne comme un désaveu pour l’ancien ministre, qui avait pourtant présenté sa démarche comme un moyen d’éclairer l’opinion publique. Il expliquait que son « expérience politique et historique » l’avait conduit à douter de la lecture actuelle de la Constitution. Mais pour la haute juridiction, ces doutes ne suffisent pas à justifier une intervention.
Un verdict aux conséquences politiques ?
Si la Cour a enterré le débat juridique, la question politique reste entière. L’opposition, qui s’était déjà insurgée contre toute tentative de remettre en cause la limitation des mandats, pourrait voir dans cette décision un motif supplémentaire pour renforcer son discours. De son côté, la mouvance présidentielle pourrait se réjouir d’une clarification qui empêche de nouvelles spéculations. Mais la question de la candidature de Patrice Talon en 2026 reste en toile de fond. L’intéressé a maintes fois déclaré ne pas vouloir d’un troisième mandat, mais le débat continue d’être entretenu dans certaines sphères politiques.
Avec ce verdict, la Cour constitutionnelle met un terme aux interrogations d’ordre juridique. Reste à savoir si, dans l’arène politique, l’affaire est réellement close.
José Pascaël AGBO
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