HARMATTAN DANS LE SEPTENTRION : Entre tradition, défis sanitaires et réalités sociales

Le vent sec et poussiéreux venu du Sahara a fait son retour dans le septentrion, marquant le début de l’harmattan, cette saison aussi redoutée qu’attendue qui transforme les habitudes, les gestes et le quotidien des populations. À Parakou, Kandi, Natitingou ou Malanville, les premiers signes n’ont pas tardé : baisse brusque des températures en soirée, atmosphère brumeuse dès l’aube, gorge sèche, lèvres gercées et cette fine poussière qui s’infiltre partout, même dans les maisons fermées.

Chaque année, l’harmattan impose ses codes. Pour certains, il annonce la fin des pluies, la reprise de certaines activités agricoles et le retour d’un climat favorable aux récoltes tardives. Pour d’autres, notamment les commerçants de charbon, de bois ou les transporteurs, il marque le début d’une période intense où la visibilité réduite et les voies poussiéreuses compliquent la circulation. Les conducteurs de taxi-motos à Parakou en témoignent déjà : les trajets deviennent plus pénibles, et les accidents liés au brouillard matinal sont plus fréquents.

Mais si l’harmattan s’accompagne de réalités économiques, il soulève aussi des préoccupations sanitaires récurrentes. Avec la sécheresse de l’air, les consultations pour rhinites, angines, crises d’asthme et irritations oculaires se multiplient dans les centres de santé. Les pharmaciens constatent chaque année une hausse de la demande en pommades hydratantes, sirops, collyres et cache-nez. Les médecins, eux, rappellent les précautions essentielles : boire régulièrement, couvrir sa bouche et son nez lors des sorties matinales, protéger les enfants et les personnes âgées, éviter les expositions prolongées à la poussière.

L’harmattan touche aussi la dimension sociale et culturelle. Dans plusieurs localités, les anciens y voient un signe de transition et un rappel du rythme naturel des saisons. Pour les élèves et étudiants, c’est une période parfois difficile : réveils brusques dans le froid, salles de classe poussiéreuses, baisse de concentration et multiplication des maladies saisonnières. Certaines familles doivent adapter leurs dépenses pour acheter des couvertures, des habits chauds ou renforcer leur alimentation en vitamines.

Ce phénomène, bien que familier, tend à évoluer. Depuis quelques années, les habitants du nord du pays constatent un harmattan plus imprévisible : tantôt violent et prolongé, tantôt doux et de courte durée. Les spécialistes y voient une conséquence du changement climatique qui modifie progressivement les cycles saisonniers traditionnels. Cette incertitude climatique complique la planification agricole, l’un des piliers économiques du septentrion.

Le retour de l’harmattan rappelle ainsi que cette saison, loin d’être anodine, dessine un équilibre fragile entre traditions, contraintes quotidiennes et enjeux sanitaires. Elle met aussi en lumière la résilience des populations du nord, habituées à composer chaque année avec ce vent venu du désert, tout en adaptant leurs gestes pour protéger leur santé et maintenir leurs activités. Comme toujours, l’harmattan impose sa loi ; mais c’est dans la manière d’y faire face que se révèle la force du septentrion.

Patrice BIAOU

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