Il est des décisions administratives qui dépassent les tableaux de réorganisation et les notes de service. Elles touchent à la mémoire collective, aux trajectoires humaines et à des décennies de travail silencieux. La fermeture de Radio Parakou, après plus de quarante années d’émissions, s’inscrit dans cette catégorie.
Car une radio n’est jamais seulement une infrastructure. C’est une école, une voix, un repère. C’est aussi une histoire faite de visages, de voix familières et de professionnels qui, jour après jour, ont accompagné la vie sociale, politique et culturelle d’une région entière.
Pendant 44 ans, Radio Parakou a formé, révélé et porté des journalistes, des techniciens et des animateurs. Elle a été un tremplin pour plusieurs grandes voix qui ont marqué l’espace médiatique national. À travers ce Brûlot, il est juste et nécessaire de leur rendre hommage. À ceux dont les voix ont rythmé les matinées, éclairé les débats, et accompagné les événements marquants de la vie locale, il faut dire merci. Simplement merci.
Mais aujourd’hui, une question essentielle s’impose : que deviennent ceux qui faisaient vivre cette maison ?
Derrière la fermeture ou la suspension d’un média, il y a des carrières suspendues, des parcours interrompus, des familles qui s’interrogent et des professionnels qui doivent soudain réinventer leur avenir. Certains auront la chance d’être recasés, notamment à Cotonou. À ceux-là, il faut souhaiter bonne continuation, avec l’espoir que leur expertise soit reconnue à sa juste valeur.
Mais pour d’autres, le chemin sera plus incertain. Ils devront se chercher ailleurs, parfois dans un secteur déjà saturé, parfois dans le silence forcé d’une profession qu’ils n’ont pas choisie de quitter. À ceux-là, il faut adresser du courage. Le courage de recommencer. Le courage de résister. Le courage de ne pas abandonner ce métier de parole et de vérité.
Au-delà des cas individuels, cette situation pose une question plus large : celle de la place accordée aux médias de proximité dans un contexte de réformes et de restructurations. Car moderniser ne devrait pas signifier effacer. Réorganiser ne devrait pas conduire à effacer des pans entiers de mémoire professionnelle.
La disparition ou la mise en veille d’une radio comme Radio Parakou interroge aussi notre rapport à l’information locale. Qui raconte désormais les réalités du Nord ? Qui donne la parole aux sans-voix ? Qui garde vivante cette proximité essentielle entre institutions et citoyens ?
Ce Brûlot n’est pas un procès. C’est un constat. Et peut-être aussi un rappel : une institution médiatique n’est pas seulement un outil de communication. C’est un patrimoine humain.
À ceux qui ont fait vivre Radio Parakou, anciens et actuels, connus ou restés dans l’ombre, il faut reconnaître une chose simple : ils ont porté une voix qui appartenait à tous.
Et une voix, même quand elle s’éteint, continue toujours de résonner quelque part.
Patrice BIAOU
