Le Brûlot : Jet de pierre en série

Il n’y a rien de plus facile, en ce bas-monde, que de jeter la pierre. Il suffit d’avoir un bras, un peu d’élan et surtout, un accès à Internet. Le reste n’est qu’affaire de posture. D’indignation calibrée. D’attaques soigneusement emballées dans des discours d’éthique, de morale et de vertu. Et quand une cible s’offre à la vindicte, chacun y va de son lancer, espérant que la sienne touche plus fort, plus juste, plus loin.

Depuis que le nom de Richard Boni Ouorou est apparu dans une affaire politico-judiciaire, les professionnels du pavé se sont réveillés. D’un coup, certains se sont découverts une conscience exemplaire, un sens aigu de la justice, et surtout une mémoire sélective. Ceux-là même qui, hier encore, saluaient ses analyses tranchantes, ses prises de position courageuses, ses combats sur les sentiers glissants de la vérité, sont aujourd’hui pressés de tourner la page. Voire de l’arracher.

Attention : il ne s’agit pas ici de juger l’affaire. Laissons la justice faire son travail, en toute indépendance. Mais le problème n’est pas là. Le problème, c’est cette facilité malsaine avec laquelle notre société transforme les soupçons en condamnations, et les accusés en trophées à abattre.

Ceux qui aujourd’hui crient au scandale, l’œil larmoyant et le doigt pointé, devraient se regarder un instant dans le miroir de leur propre parcours. Combien d’entre eux n’ont-ils jamais failli, péché, trahi, menti ? Combien ont la pureté nécessaire pour prétendre être les garants de la morale publique ?

Mais il faut croire que l’époque adore les bourreaux improvisés. Les guillotines numériques tournent à plein régime, et les foules virtuelles n’ont ni mémoire ni scrupule. Elles veulent du sang, du bruit, du lynchage. Et tant pis si demain l’histoire révélait une autre vérité. Le mal serait déjà fait.

À ceux qui jettent la pierre, rappelons une chose : aujourd’hui c’est lui, demain ce sera peut-être vous. Parce qu’en vérité, nous sommes tous vulnérables, tous humains, tous faillibles. Et si justice doit se faire, qu’elle se fasse dans le silence digne des tribunaux, et non dans le vacarme hystérique des réseaux.

Richard Boni Ouorou, quoi qu’on pense de lui, a droit à la présomption d’innocence. Il a surtout droit au silence qu’on doit à tout homme face à l’épreuve. Car ce n’est pas dans la meute que se forge la vérité, mais dans la solitude de l’instruction.

Patrice BIAOU

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