Dans le premier gouvernement du président Romuald Wadagni, un visage bien connu du Borgou fait son entrée au sommet de l’appareil sécuritaire béninois. Djibril Mama Cissé, ancien préfet du Borgou et désormais ministre délégué auprès du président chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique, incarne l’un des profils administratifs les plus discrets mais aussi les plus constants de ces dernières années au Bénin.
Son parcours ressemble à celui d’un homme ayant gravi les échelons de l’administration loin des grands discours politiques et des batailles de visibilité. Avant de rejoindre les hautes sphères de l’État, Djibril Mama Cissé a longtemps évolué dans les rouages de l’administration locale, notamment comme secrétaire général de la mairie de Parakou. Un poste stratégique qui lui a permis de développer une connaissance approfondie des réalités territoriales, des tensions sociales et du fonctionnement concret des collectivités locales.
Sa nomination comme préfet du Borgou en 2016 marque un tournant majeur dans sa carrière. Dans un département souvent considéré comme l’un des plus sensibles du nord du pays en raison de ses enjeux sécuritaires, sociaux et économiques, il va progressivement s’imposer comme un administrateur de terrain, adepte de la discrétion et du dialogue institutionnel.
Durant plusieurs années, son action sera notamment associée à la gestion de questions sensibles telles que la cohésion sociale, la prévention de l’extrémisme violent, la lutte contre certaines formes de délinquance urbaine ou encore les problématiques liées à la protection des enfants et à la mendicité infantile. Son expérience dans une région confrontée aux défis sécuritaires du nord béninois apparaît aujourd’hui comme un atout important dans ses nouvelles fonctions.
Sa promotion au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique traduit également une certaine continuité dans l’appareil d’État béninois. Avec Romuald Wadagni, le choix semble être celui de profils technocratiques maîtrisant les réalités administratives et territoriales plutôt que celui de figures politiques fortement clivantes.
Pour le Borgou, cette nomination revêt une portée symbolique particulière. Beaucoup y voient l’accession d’un cadre du septentrion à un poste stratégique de l’État, dans un contexte où les questions sécuritaires deviennent de plus en plus centrales au Bénin. Elle pourrait également renforcer davantage l’attention portée aux problématiques du nord du pays, notamment en matière de sécurité, de gouvernance locale et de cohésion sociale.
Mais au-delà de l’aspect régional, la nomination de Djibril Mama Cissé pose surtout la question du rôle que joueront désormais les hauts administrateurs dans la nouvelle gouvernance incarnée par Romuald Wadagni. Dans un environnement marqué par les défis sécuritaires sous-régionaux et les attentes sociales croissantes, son expérience de terrain pourrait rapidement devenir un élément clé de l’appareil gouvernemental.
L’homme, réputé réservé et peu porté sur les projecteurs médiatiques, arrive désormais dans un ministère exposé, où chaque décision peut avoir des implications nationales majeures. Le passage du terrain préfectoral aux responsabilités sécuritaires nationales constitue ainsi l’étape la plus importante d’un parcours administratif construit dans la durée et la discrétion.
Pour beaucoup d’observateurs dans le Borgou, cette nomination dépasse déjà le simple cadre d’une promotion individuelle. Elle apparaît comme la reconnaissance d’un itinéraire forgé dans l’administration locale et dans la gestion quotidienne des réalités du terrain béninois.
Patrice BIAOU
