INTERVIEW/ MÉDIA ET FAUSSE INFORMATION : « Le travail du journaliste doit être très très rigoureux afin d’éviter un peu de faire du mal à autrui inutilement » dixit Thanguy Agoï

Dans un monde où les informations circulent à une vitesse de la lumière et qu’il existe un loi qui encadre le numérique, la vérification de l’information est une importance capitale. Il revient alors aux spécialistes des médias de vérifier, de croiser et d’enquêter avant de publier une information. Thanguy Agoi, président de l’ODEM, a donné son avis sur la question.

Bonjour M. Présentez-vous s’il vous plaît !

Je suis Thanguy Agoi, président de l’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM).

Quelle place la vérification des faits occupe-t-elle dans le traitement de l’information au Bénin ?

La vérification de l’information occupe une place importante, que ce soit au Bénin ou ailleurs. Dès lors que vous êtes dans le métier du journalisme, quel que soit le sujet que vous abordez, il est important que vous passiez par la vérification de l’information. En effet, le processus de diffusion de l’information obéit à des étapes. D’abord, la collecte de l’information, le traitement et puis ensuite la diffusion. Et dans le traitement, il y a justement la vérification. Donc, c’est un élément essentiel incontournable. Enfin, c’est une étape incontournable dans le processus de traitement et de diffusion de l’information.

Quels sont les principaux canaux de propagation de la désinformation que vous observez ?

Il n’y a pas de statistiques officielles concernant les plateformes pour leur hiérarchisation en matière de propagation de fausses nouvelles. Ce qui est certain, c’est qu’au Bénin, Facebook est très suivi, sinon plus suivi, et même au-delà du Bénin. Ensuite, vous avez TikTok qui est nouvellement venu et qui a commencé aussi à prendre de l’ampleur. Par conséquent, en fonction de la taille du média, de l’importance du réseau social, le risque de propagation de fausses nouvelles est décuplé, triplé et ainsi de suite. Il faut notifier qu’on ne peut pas hiérarchiser, mais tous les canaux digitaux de diffusion de l’information aujourd’hui sont de potentiels espaces de diffusion de fausses nouvelles.

Pouvez-vous présenter un cas documenté dans lequel une fausse information a provoqué une stigmatisation, une discrimination, une menace ou une atteinte à la réputation ?

Oui, il y a plusieurs cas. Vous prenez par exemple le cas d’un Béninois, aujourd’hui investi dans la communication du gouvernement. Il y a eu quand même la diffusion, par un certain nombre de personnes, d’informations sur lui qui, selon l’avis de la justice, se sont révélés être de fausses informations. Alors que le monsieur a été tout le temps vilipendé, traité de pervers narcissiques, etc. Aujourd’hui, il a pu avoir justice, devant les juridictions. Ce cas parmis tant doit servir d’exemple afin d’aider les gens à savoir qu’est-ce qu’il faut publier sur les personnes et quoi dire sur les réseaux sociaux. Il y a même un cas qui est actuellement en cours. C’est le cas du CEG 3 Lokossa. Selon les informations relayées, les filles de ce collègue se donnaient à des activités sexuelles comme la partouze et la sextape. Il a fallu quand même que les responsables du collège se mettent à démentir pour qu’on découvre dans le fond qu’effectivement on a sali la réputation du collège alors qu’il n’y avait absolument rien.

Comment vérifiez-vous une information susceptible de porter atteinte aux droits ou à la sécurité d’une personne ?

Il faut croiser l’information, c’est tout. Il faut croiser les sources. Le journaliste doit aller au-delà de l’information. Pour ce faire, il doit demander, enquêter, se rendre sur le terrain, interroger les gens. Je crois que la formation traditionnelle que nous avons en matière de journalisme nous permet quand même d’avoir les moyens de croiser, de vérifier avant de diffuser l’information.

Dans quelle mesure les contenus sortis de leur contexte, les images manipulées et les vidéos anciennes présentées comme récentes compliquent-elles votre travail ?

Vous savez, c’est compliqué parce qu’on n’arrive pas très facilement à distinguer la vraie image de la fausse. Les gens peuvent tomber là-dessus et croire que c’est une image réelle alors que cela a été fabriqué. C’est en cela que les instances, notamment les associations professionnelles, devraient travailler à aider les professionnels des médias à se doter de moyens pour identifier facilement les images qui sont montées et celles qui sont préfabriquées pour éviter que les journalistes ne tombent dans ces travers.

Comment corriger une fausse information déjà devenue virale lorsque le démenti atteint moins de personnes que la publication initiale ?

Il faut insister sur la publication. C’est important. Oui, quand vous avez publié une information et qu’après le démenti n’atteint pas le nombre de vues fondamentalement, je crois qu’il y a un problème à ce niveau. Il faut alors maintenir la diffusion et la rediffusion de l’information. Quoi qu’il en soit, il faut toujours chercher à vérifier sérieusement et rigoureusement l’information avant de la publier. Parce que, comme on l’avait dit, quand l’information part, même le démenti après n’atteint pas forcément tout le monde. C’est pour cela que le travail du journaliste doit être très très rigoureux afin d’éviter un peu de faire du mal à autrui inutilement.

Avez-vous déjà été confronté par des pressions, des menaces ou des tentatives d’intimidation dans le cadre d’un travail de vérification ?

Oui, bien évidemment. Un journaliste fait toujours office de pression, d’injures, de menaces. C’est pour cela que nous devons faire l’effort, nous journalistes, d’avoir le mental fort, la probité qu’il faut et surtout, l’intégrité morale qu’il faut pour pouvoir aborder ce nombre de sujets. Parce que sinon, très facilement, les gens vous menacent, vous tendent des pièges et vous pouvez tomber dedans facilement.

Disposez-vous de données sur le nombre de fausses informations vérifiées, leur portée et leurs conséquences sur les personnes concernées ?

Ce n’est pas possible. Je crois que même le Centre National d’Investigation Numérique ne peut pas forcément avoir toutes les statistiques qu’il faut parce qu’au jour le jour, vous voyez, les gens produisent, les gens disent des choses qui ne sont pas forcément vérifiées. Donc je ne crois pas qu’il y ait vraiment des statistiques assez appréciables et vraiment objectives sur la fausse information qui s’écoule.

Un mot de la fin

Merci beaucoup. Je vous remercie pour la question.

Propos recueillis par Souvenir Zannou

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